(C'est essentiellement la meme explication que j'ai présenté dans mon texte de physique, section "Qu'est-ce que la physique mathématique")
Passons à des remarques, qui, bien que devant être
également banales, semblent hélas être moins bien
connues d'un nombre significatif de gens (en particulier les
chrétiens évangéliques).
La vérité, c'est qu'il n'y a pas une seule
vérité standardisée que tout le monde devrait
être obligé d'avaler à l'identique comme une
lecture de la Bible, mais qu'il y a potentiellement autant de
vérités
qu'il y a de questions possibles qu'on voudra se poser,
c'est-à-dire une
quasi-infinité (sans donc que ces
vérités ne se contredisent pour antant), questions au
sujet de chacune
desquelles il peut éventuellement y avoir une vraie
réponse, avec d'autant plus de chances que la question est
formulée
assez précisément. Cela est du au fait que le réel
est tres vaste et complexe, beaucoup plus complexe avec beaucoup de
parties, que ce qu'une seule personne normale peut facilement imaginer,
de sorte qu'après avoir trouvé la vérité
sur certaines choses, il se trouve d'autres choses qu'on ne
connaît pas encore.
Suivant
les cas, les vraies réponses peuvent être très
compliquées, voire même parfois trop compliquées
pour que l'intelligence humaine puisse les porter. Ou encore de la
forme "Il n'y a pas de généralité de ce point de
vue, tout dépend des cas particuliers". Une bonne réponse
doit avoir l'obligeance d'être au moins assez claire et non
ambigüe pour avoir un sens, autrement dit pouvoir assez
précisément se rapporter au réel. Il ne faut pas
se fier aux impressions: la simplicité n'est nullement un bon
critère de clarté. Et la facilité de
compréhension naïve n'est même pas non plus un
critère de véritable simplicité. Il arrive parfois
à la verite d'être simple (en première
approximation), d'autres fois d'être compliquée. Ce n'est
pas a nous de le decider.
Quant à la
question des méthodes les plus fiables pour découvrir
avec le plus de précision la vérité sur chaque
question non triviale qu'on pourra se poser, mon expérience m'a
amené à conclure que la démarche rationnelle et
scientifique, menée avec suffisamment d'intelligence, s'est
généralement avérée très largement
la plus fiable de toutes celles qu'il soit arrivé aux humains de
tenter.
Comme je disais, personnellement, il y a des questions auxquelles j'ai
commencé
à répondre, comme: comment aborder au mieux les
fondements des sciences mathématiques et physiques de niveau
supérieur. C'est tout-à-fait une vision du monde,
même si je conviens qu'elle n'intéressera qu'une partie
des gens. Tout le monde n'est pas obligé de se poser cette
question. D'autres se poseront d'autres questions et ils auront raison.
Il y a une question particulièrement importante, qui est :
comment pouvons-nous accomplir au mieux la mission de notre vie ? Et
bien justement là encore, la réponse c'est que tout le
monde n'est pas venu accomplir la même mission. Parce que si
plusieurs personnes étaient venues accomplir la même
mission, il vaudrait mieux les remplacer par des robots qui
répéteront la même chose. Le propre des expressions
de l'esprit c'est justement qu'elles sont toujours nouvelles.
Surtout, n'oubliez pas, quand vous cherchez la vérité:
plutôt que de vouloir d'emblée, tête baissée,
une vérité absolue et universelle pour trivialement
achever Dieu et l'univers, vous
devriez au moins avoir l'obligeance de préciser la question
à laquelle vous voulez que réponde la
vérité que vous recherchez. Commencez donc par chercher
le plus
précisément possible quelles sont les questions que vous
vous posez et pour lesquelles vous espérez une réponse.
Sinon, vous risquez de vous retrouver dans la situation de cette
histoire d'une civilisation qui possédait la réponse
à l'ultime question de la vie, de l'univers et du reste,
mais à qui il manquait la connaissance de la question.
Ce problème, du fait qu'avant de chercher la plus vraie
réponse il est essentiel de chercher et découvrir quelle
est la question, est un problème très important auquel on
peut trouver de nombreuses illustrations; en voici une qui me semble
particulièrement significative: il y a déjà un
certain nombre d'années, des gens ont cherché à
développer une monnaie électronique. Et il y a David
Chaum qui a mis au point tout un nouveau système
cryptographique, qu'on peut voir très intéressant
intellectuellement, et qu'il considérait comme étant LA
réponse à la question ultime de la monnaie
électronique.
Personnellement, j'ai indépendamment beaucoup
réfléchi à la question de la mise au point d'une
monnaie électronique, et j'en suis arrivé ainsi à
développer une nouvelle théorie, qui n'a rien à
voir avec le concept de David Chaum.
Un jour, en voyage, j'ai proposé de faire une
présentation à des étudiants sur ma théorie
pour une monnaie électronique. Aucun étudiant n'est venu,
et j'ai eu écho que c'est parce que, d'après eux, ils
avaient déjà vu ça en cours. En fait on leur avait
exposé les concepts de David Chaum. Et ce qu'ils ne savaient
pas, c'est que ce que je voulais leur expliquer n'avait absolument rien
à voir avec ce dont ils avaient entendu parler. En effet, ma
réponse à la question ultime de la monnaie
électronique, n'a rien à voir avec la réponse de
David Chaum à la question ultime de la monnaie
électronique, pour la bonne raison que ce que je regarde comme
question ultime de la monnaie électronique, n'a rien à
voir avec la question que s'était posé David Chaum sur la
monnaie électronique. Et à mon sens, sa réponse
était une réponse à une mauvaise question, une
question qui n'aura pas lieu d'être dans le meilleur
système monétaire électronique que j'envisage.
Bilan: ils sont passés à côté de la bonne
réponse, parce qu'ils faisaient fausse route au sujet de la
question.
Et c'est encore le même problème qui se poursuit avec le
projet Ripple: ils continuent de se perdre dans leurs recherches de
réponses aux mauvaises questions.
Il arrive parfois a la vérité de paraitre aberrante,
scandaleuse voire ridicule et pas du tout sérieuse. En effet,
les hommes ayant institutionnalisé une certaine conception de la
vérité qui "résiste" aux évènements,
cette résistance n'est pas toujours fondée sur de bonnes
raisons mais plutôt sur sa manière de rejeter, quel qu'en
soit le moyen, comme ridicule ou d'une quelconque maniere intenable,
toute opinion contraire quand bien même elle ne serait que la
pure vérité. (Ou autre méthode: faire en sorte que
les meilleures vérités ne puissent venir à
l'idée de personne).
Or, quoi de plus apparemment sérieux que ce qui est ennuyeux et
rébarbatif ? C'est un critère de vérité
beaucoup plus simple et convaincant que tout autre effort de
vérification digne de ce nom. Comment, en effet, accuser de
négligence vis-à-vis de la vérité ceux qui
s'attachent à une vision ennuyeuse et rébarbative du
monde ? Par la traditionnelle confusion spiritualiste
entre intention et résultat, cette imposture passe comme une
lettre à la poste, et aboutit à un cursus scolaire
ennuyeux et rébarbatif, qui parvient à donner au monde
l'impression de son sérieux et de son attachement a la
vérité, mais qui, bien souvent, a cause de cette
démarche même, fait en réalité passer les
vérités les plus essentielles à la trappe.
Qu'on ne se méprenne pas: je défends le principe d'une
démarche de recherche sérieuse et précisement
attachée à prendre le plus grand soin à se
définir et se vérifier en détails sans se laisser
en cela influencer par quelque impression ou autre "jugement moral
d'une conception" que ce soit; seulement la conclusion du raisonnement
ainsi obtenue peut en fin de compte s'avérer étrange,
fascinante, hilarante, scandaleuse etc, sans que ce soit ni un
critère ni un but dans la recherche de l'élucidation
d'une question donnée.
Ce piège de se contenter de juger les idées à leur
seul "sérieux" apparent, qui finalement enferme l'esprit dans un
monde rébarbatif, est même ce qui domine la pensée
chrétienne, quelles que soient les dénégations de
celle-ci. Voici en effet ce qui leur arrive:
Officiellement, les chrétiens mettent en avant les "valeurs" et
"vérites" du "coeur" devant celles de la raison. On pourrait
alors s'attendre à ce que leurs vérités soient
plus palpitantes que celles que la raison peut produire. Cela peut
sembler superficiellement le cas dans un premier temps, mais, le coeur
étant par nature, contrairement à la raison, incapable de
connaitre (par reconstruction) des vérités inaccessibles
à sa perception directe, ses découvertes s'en trouvent
finalement bien limitées après d'éventuelles
avancées initiales (ceci n'est pas pour le rabaisser, car en lui
se trouvent les plus grandes satisfactions possibles de la vie, sauf
que sa vraie et bonne place est celle de consommateur, non de
producteur).
Puis, l'habitude d'interroger exclusivement le coeur sur les
questions de vérité au-delà de la perception
directe et qui ne sont hélas pas de sa compétence,
aboutit à n'obtenir que des conceptions qui semblent sérieuses
aux yeux du coeur. Mais, ce qui semble sérieux aux yeux du
coeur n'est hélas finalement authentiquement palpitant ni pour
le coeur, ni pour la raison, et est donc universellement ennuyeux, en
comparaison de ce que la raison pourrait produire (et qui peut
être palpitant en apportant de nouveaux défis autant pour
la raison que pour le coeur).
Par ailleurs, alors même que les chrétiens et la Bible
clament haut et fort la reconnaissance de leur "ridicule" aux yeux du
"monde" et des "intelligents", à cause de leur expérience
de se voir traités ainsi, ils n'ont en eux-même aucune
juste idée de en quoi ils sont effectivement ridicules,
car ils se voient eux-mêmes comme parfaitement raisonnables et
aux idées justes, équilibrées et normales, de
sorte qu'ils ne peuvent ainsi même pas profiter eux-mêmes
de la rigolade; et restent frileux vis-à-vis des
véritables paradoxes et autres éléments de la vie
susceptibles de déranger.
Par exemple ils s'attachent au mariage et au rejet de toute question de
relation amoureuse hors mariage ni de quelque action dont peut
dépendre la rencontre et le choix du futur conjoint, parce que
toute réflexion publique, effective (ayant un impact public
réel) et approfondie sur l'amour, chose "pas assez
sérieuse pour qu'on en parle sérieusement" bien que o
combien primordiale dans la vie, effraie leur quête de
vérité, qui se conforte dans l'évitement de ce
genre de gène. Et ils réduisent souvent le bien et la
vertu à une affaire de labeur et de bonne volonté,
supposant que "pour être sérieux" on ne peut guère
faire le bien sans sacrifice ou oeuvre de compassion équivalent,
au point de parfois perdre de vue l'évaluation du bien
réalisé ou réalisable au profit de celle du seul
sacrifice consenti ou du bon sentiment investi, seule chose facile
à mesurer et à accomplir, qu'ils mettent sur un piedestal
tandis que les éventuels moyens plus efficaces qui n'auraient
pas besoin de cela passent à la trappe.
Plus géneralement, bien de leurs travers viennent du fait qu'ils
sont incapables d'admettre dans leur vérités officielles bien des
paradoxes fondamentaux de la morale et de la théologie
pourtant bien réels et palpables
(à cause de deux obstacles: d'une part leur bizarreté
d'allure "pas sérieuse", d'autre part leur complexité).