L'idée de la baisse tendancielle du taux de profit est en fait l'expression du rapport entre la masse des capitaux présents et la masse des capitaux dont l'économie a besoin: si les capitaux s'accumulent, le taux d'intérêt par rapport à la croissance peut finir par tendre vers zéro. Ce phénomène est depuis longtemps admis dans les formules de la théorie économique classique. Mais rien ne l'y oblige, puisqu'il ne dépend que des décisions des individus d'accumuler ou non le capital. S'ils l'accumulent, le taux d'intérêts baissera.
Le système capitaliste qui a été en vigueur jusqu'à
maintenant est marqué par deux grands défauts:
1) Il est injuste (car il fait l'impasse sur la question du pouvoir),
laissant s'établir des classes dominantes sur la politique et l'économie,
outrancièrement riches sans l'avoir mérité, dont les
intérêts diffèrent de l'intérêt général,
et qui instaurent ainsi leurs propres règles du jeu et les imposent
à toute la population; il laisse pénétrer les mafias
et la corruption.
2) Son système financier manque de stabilité
Face à ces deux défauts je présente respectivement
deux solutions: une théorie libérale
du pouvoir et une théorie monétaire.
La question est donc: ce système perdurera-t-il encore longtemps
ou non ? Sinon, qu'est-ce qui peut le remplacer, et par quel processus
: transition progressive, ou soudaine due à une élection,
à une crise économique ou à une insurrection sociale
?
Avant qu'on ait pris conscience de ces problèmes, la stabilité
n'avait pas de raison de s'établir. L'étalon-or donnait aux
crises financières du 19ème siècle leur forme cyclique.
Puis, avec la fin de l'étalon-or et lorsqu'on s'est enfin attaqué
au problème par des recettes vagues et approximatives (politiquesmonétaires,
keynésiennes ou monétaristes), les crises périodiques
se sont calmées parce qu'il n'y a pas non plus de raison qu'elles
se produisent, aucune force ne les y pousse.
Mais actuellement, deux risques de crise financière se préparent.
Le premier est accidentel et réparable: c'est l'endettement
des Etats (auquel s'ajoute en France la dette implicite que constitue le
système de retraite par répartition qui va souffrir du papy
boom). De deux choses l'une : soit on résorbe enfin les déficits
en freinant drastiquement les dépenses publiques et les gaspillages,
et la crise peut être évitée.
Soit on continue dans l'inconscience et on court à la catastrophe:
une crise financière majeure et/ou une crise d'autorité des
institutions publiques.
Ce danger n'est pourtant pas un problème fondamental: une fois
la crise passée et de nombreuses personnes ruinées, le même
système peut se relever et reprendre son fonctionnement sur des
bases quantitatives plus saines, en se promettant (une fois de plus) de
ne plus jamais sombrer dans un tel endettement.
Le deuxième est plus profond: c'est l'effet de la virtualisation
prochaine de la monnaie et de l'économie. Si la liberté de
communication est respectée, la nature virtuelle incontrôlable
de la monnaie va bientôt (d'ici 20 ans) rendre vaines les recettes
actuelles de stabilisation monétaire en frappant d'obsolescence
le concept de masse monétaire sur lequel elles reposent.
Dans la revue Alternatives Economiques hors-série n°45,
p.60, on peut lire par exemple: "La monnaie a besoin d'être homogène,
d'obéir à une logique de monopole pour fonctionner correctement";
"le problème, avec la monnaie électronique, c'est que ces
outils [de gestion de la monnaie par l'Etat] ne s'appliquent plus: la monnaie
devient capable d'échapper à l'action des banque centrales";
"Pour l'instant, il est très difficile d'imaginer comment les banques
centrales pourraient conserver le contrôle de la création
monétaire sur Internet. En réfléchissant, on s'aperçoit
qu'il n'y a probablement guère qu'une solution: un système
de paiement unique à l'échelle mondiale". Ce avec quoi je
ne suis pas d'accord, puisque je pense que des monnaies libres peuvent
être stables, mais à condition de les fonder sur une logique
nouvelle et rigoureuse.
L'imperfection fondamentale du système monétaire sera alors intenable: ou bien il engendrera à nouveau des crises monétaires face auxquelles on n'aura plus de remèdes (faute d'étalon-or, ces crises n'auront plus de raisons d'être cycliques, elles deviendront conjoncturelles et chaotiques), ou bien on mettra en place de nouveaux mécanismes de stabilité monétaire plus fiables, comme le modèle dont je donne l'ébauche ou un autre aux effets comparables (en tout cas, il se passera quelque chose, le système devenant soit plus stable soit moins stable). Il me semble peu probable que les gouvernements actuels adopteront un système vraiment cohérent comme ce que je propose, car ils ne sont pas préparés à comprendre une telle logique d'apparence pas sérieuse. Seule l'expérience pourra leur prouver que c'est eux qui ne sont pas sérieux de vouloir garder leur ancien système monétaire dont ils ne pourront plus guérir les crises à moins de fliquer tout l'Internet. Ce n'est pas ce risque, certes, qui pourra les étonner, mais c'est qu'un autre système puisse être plus stable. Mais il vaut mieux qu'ils ne le comprennent pas d'avance et qu'ils ne mettent pas en place un système financier stable, afin de donner plus de chances au libéralisme politique de l'emporter (cf plus bas).
Bien sûr à cela peuvent toujours s'ajouter des évènements imprévus style attentats du WTC, tempêtes et catastrophes écologiques, etc...
Jusqu'à maintenant, l'économie était en grande
partie officielle et les impôts pouvaient s'y exercer, parce que
les marchés habitaient le domaine public : pour vendre il fallait
un magasin, et les marchandises vendues étaient celles exposées
dans le magasin.
Pour travailler, il fallait un local en forme de lieu de travail, et
les travailleurs étaient les gens qui pénétraient
ce lieu.
Dorénavant, il suffira d'interagir chez soi avec un appareil
électronique relié aux autoroutes de l'information, aussi
bien pour travailler que pour faire son shopping.
Car le shopping c'est deux choses: d'abord on fait son choix et ensuite
on ramène chez soi.
Pour faire son choix, ça pourra être plus rapide de chez
soi si les appareils électroniques sont assez puissants et polyvalents
pour donner des objets à vendre une image réaliste complète.
Pour ramener les choses chez soi, le transport effectué actuellement
par le client comporte un gaspillage d'énergie assez important,
puisqu'on fait l'aller à vide et qu'on ne revient qu'avec quelques
objets. C'est un gaspillage de temps pour le client et d'énergie
pour les véhicules. Il serait beaucoup plus rentable qu'une camionnette
fasse la tournée des distributions entre plusieurs clients suivant
un trajet optimisé par ordinateur.
Mais, que le transport soit fait par le client ou le vendeur, rien
ne les force à le déclarer comme professionnel s'ils se sont
mis d'accord là-dessus: un véhicule privé peut faire
l'affaire.
Ou encore il peut y avoir des sortes de boutiques ou mini-entrepôts
du coin de la rue qui recevraient en bloc des livraisons des commandes
effectuées par les habitants de la rue. Ils signaleraient électroniquement
aux clients qu'ils peuvent venir chercher leur marchandise (utile en cas
d'absence ou d'indisposition momentanée du client)
En tout cas, le travail et les marchés risqueront d'échapper en grande partie à la surveillance des gouvernements car ils se seront réfugiés dans le secret de la vie privée de ses acteurs reliés entre eux par des flux d'informations. Ces flux d'informations, si elles sont privées, peuvent former des économies parallèles (ouvertes ou d'accès réservé à des groupes restreints) avec leurs monnaies virtuelles cachées dans le cyberespace.
Ces phénomènes de virtualisation du travail, des marchés et de la monnaie, forceront le système actuel à évoluer vers un nouveau système... ou vers le chaos.
1) Ou bien les autoroutes de l'information seront fliquées et le cryptage des communications interdit pour empêcher le développement des cyberéconomies souterraines. Ce sera le règne de Big Brother et la dictature mondiale semblable à l'empire Soviétique.
Ou bien les communications privées se développeront librement, et alors le libéralisme triomphera par la méthode du fait accompli; mais cette hypothèse peut en fait se développer suivant deux tournures bien distinctes:
2) Ultra-libéralisme : les cyberéconomies souterraines
se développent, des logiciels étant spécialisés
dans l'arrangement automatique des déclarations de comptes faux,
ajustant des oublis de travaux et de ventes, pour paraître justes
devant le fisc et permettre donc l'évasion fiscale.
Les paradis fiscaux des îles off-shore tomberont en désuétude,
concurrencés par ceux du cyberespace doués d'une omniprésence
et de possibilités infinies. Alors, on ne voit pas qui pourra bien
rembourser les dettes de l'Etat et payer les retraites par répartition,
puisqu'il sera facile d'échapper à l'impôt en s'évadant
dans le cyberespace.
3) Libéralisme complet
La prédominance de l'un ou de l'autre avatar du libéralisme dépendra de la masse des décisions individuelles (orientées soit vers l'individualisme soit vers la solidarité) et de la quantité des logiciels qui auront été écrits pour l'une ou l'autre logique.
4) Ou bien ce sera le chaos, les crises et les conflits permanents, le règne de la mafia, une guerre civile larvée, etc.
La différence fondamentale entre l'ultralibéralisme et le libéralisme complet, comme expliqué ici, est que l'ultralibéralisme est un écrasement du politique au profit de l'économique, qu'il reste injuste et laisse proliférer les monopoles ou autres cartels, la corruption et les mafias, tandis que le second, intégrant le politique et l'éconique en un tout cohérent est juste, favorable à la fraternité et respectueux de l'intérêt général.
Je ne crois pas qu'une société sans monnaie soit possible à moyen terme. A long terme, éventuellement (voir plus loin).
1) Il faudrait élaborer une nouvelle théorie du crédit et de la monnaie (fonctionnement du "pouvoir bancaire" évoqué). C'est la partie théorique la plus difficile, mais d'importance cruciale pour donner à la nouvelle société toute sa force et son utilité. Si une telle théorie voyait le jour, il ne faudrait pas la publier dans un premier temps. Ce serait top secret, réservé aux membres de la nouvelle société, afin de garder son avantage et sa sécurité face aux institutions actuelles, jusqu'à ce que celles-ci soient neutralisées.
2) Ensuite, trouver des informaticiens pour traduire cette théorie en logiciels.
3) Trouver un espace de développement. C'est fondamentalement un espace virtuel (par ex. Moot ), mais cela peut profiter d'un espace géographique dans lequel il pourra s'exprimer au grand jour (par ex. Free State Project). Surtout, n'attendez pas qu'on vous annonce à la télé que le nouvel ordre politique est en place, qu'il comporte des milliers de membres et que vous pouvez le rejoindre et y monter une nouvelle carrière : les médias eux-mêmes ne seront pas au courant lorsque cela sera arrivé.
4) Réunir des capitaux "collectifs" en plus de la somme des capitaux individuels, à partir des cotisations des membres (avec l'obligation morale pour quiconque parvient à un revenu au-delà de ce qui lui est raisonnablement utile en échappant au fisc grâce au nouveau système, de reverser une partie de son surplus à ce fonds collectif) et laisser multiplier ces capitaux jusqu'au moment opportun, à un taux d'intérêts pouvant atteindre 20% par an grâce à des ramifications dans des pays où le système bancaire de l'ordre ancien est incapable de discerner les gens honnêtes et compétents porteurs de projets d'investissements rentables et de leur accorder des prêts plus avantageux que cela sans les assommer de lourdes formalités ou autres contraintes administratives impossibles à satisfaire (garanties sur des biens qu'ils n'ont pas etc). Bien sûr, ces capitaux étant définis dans le nouveau système et non dans l'ancien, il ne sera nullement perturbé par les crises financières internationales (genre chute du dollar), mais seules les guerres, catastrophes naturelles et confiscations de biens physiques pourront les affecter.
5) Enfin, on pourra consacrer les intérêts de ces capitaux à concurrencer les oeuvres sociales des Etats, tout particlièrement en ouvrant des écoles non "publiques" mais entièrement financées par ce moyen, hauts lieux d'initiatives pédagogiques rompant avec la sclérose de nos soi-disants lieux d'instruction, invitant les meilleurs professeurs à venir rejoindre le nouveau système, leur offrant des salaires que nos Etats ruinés par les dettes, l'évasion fiscale, les crises et les scandales, n'auront plus les moyens de leur payer. Comme cela n'arrivera pas avant une quinzaine d'années, la Réalité Virtuelle sera certainement suffisamment développée pour faire des salles de classe virtuelles au moins aussi efficaces que les salles de classe réelles, en sorte que l'Etat ne pourra pas empêcher ces nouvelles écoles de s'établir, sauf au prétexte du caractère obligatoire de l'Ecole (ôdieuse obligation de s'abrutir la vie à faire des exercices stupides sous le harcellement des petits emmerdeurs de camarades !... à quoi il faudra opposer une nouvelle Objection de Conscience).
6) Il ne restera plus qu'à expliquer ce qui s'est passé à une population éberluée, et affronter ses montagnes d'imbécilités qui lui seront dictées par les propagandes médiatiques orchestrées par l'ordre ancien, qu'elle risquera d'opposer à ce changement.
Je pense que le monde des années 2010 à 2030 environ sera un monde où domineront quatre forces: deux forces passives et deux forces actives.
Les deux forces passives sont:
Bien sûr, l'écologie, la justice, l'éducation, le
développement, la santé, la lutte contre la faim et pour
la paix dans le monde sont des enjeux très importants, mais ils
sont secondaires dans ce sens que leur traitement dépend des enjeux
décrits plus hauts (ou ils peuvent être également les
instruments ou objets de conquête), et non l'inverse (en première
approximation du moins).