Date: Fri, 11 Jun 1999 21:15:11 +0100 From: BELOUGNE Dominique Subject: Lettre Pour une Culture de Paix No 13-a (Suite KOSOVO) Madame, Monsieur, Cher(e) Collègue, Cher(e) Ami(e), Ceci est une lettre qui essaye avec ses modestes moyens de contribuer aux réflexions et aux initiatives " Pour une Culture de Paix ". Si vous disposez d'informations, de points de vue à faire partager, n'hésitez pas. Si par contre vous ne souhaitez pas continuer à recevoir cette lettre, retourner un message avec NON PAIX-DESARMEMENT. Si vous souhaitez ne recevoir que le SOMMAIRE (DIGEST one Page), retourner un message avec SOMMAIRE (Or DIGEST). Merci d'avance. " LA CULTURE DE PAIX EST UN COMBAT. C'EST UN ENJEU DE CIVILISATION POUR L'ENTREE DANS UNE NOUVELLE ETAPE DU DEVELOPPEMENT HUMAIN. LA GUERRE, C'EST LE MAINTIEN DES SOLUTIONS ARCHAIQUES ET BARBARES (MILLENAIRES) POUR RESOUDRE LES CONFLITS ENTRE HUMAINS ET PEUPLES. PARTICIPER A CONSTRUIRE UNE CULTURE DE PAIX, CE N'EST PAS FACILE, MAIS C'EST CONTRIBUER AU PASSAGE A UNE AUTRE ETAPE DE LA CIVILISATION OU LE POLITIQUE L'EMPORTERA SUR LA VIOLENCE ET LA BARBARIE." Enfin, après de longues semaines de violences, nous nous acheminons vers un règlement politique de la situation dans les BALKANS. L'arrêt définitifs des Bombardements restent à obtenir, de même que l'obtention de la mise sous responsabilité de l'ONU de la mise en œuvre tant du plan de Paix que de la reconstruction et du KOSOVO et de la SERBIE pour permettre aux populations civiles de retrouver un cadre de vie et de développement décent. Il restera à juger les criminels de guerre, et à créer les conditions d'une Paix durable en particulier en soutenant les pacifistes et les progressistes des peuples de cette région du monde. * C'est quoi la culture de Paix et le Programme de l'UNESCO pour l'an 2000 sur cette question ? Voir le site : http://perso.wanadoo.fr/mvpaix-rennes/ * LA REVUE DE PRESSE : " La guerre du Kosovo suscite d'immenses interrogations et débats qui traversent toute la société, tous les courants de pensée. " d'Elisabeth Gauthier dans " La Lettre d'Espaces Marx " http://www.internatif.org/EspMarx/ - " Les dangers du concept militaro-répressif " par Maurice Bertrand, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes et ancien membre du corps commun d'inspection des Nations unies. " Le premier jour " par Claude Cabanes " L'économie yougoslave détruite " par Hassan Zerouky http://www.humanite.presse.fr/journal/jour.html - " Plus d'universel contre la haine " Par Roger Martelli Historien, " Entretien avec Noam Chomsky Linguiste américain " Par Montserrat Sens dans le mensuel " REGARDS" - http://www.regards.fr/ - YOUGOSLAVIE : " Dix questions entre guerre et paix ". Au moment où la paix hésite, nous passons en revue les premières leçons d'un conflit encore loin d'être achevé. par Jean-Louis Peyroux dans la Revue " Politis " - http://www.politis.fr/ - " Le texte intégral de la résolution de l'ONU " sur le site de " Libération " http://www.liberation.fr/ - " Nouvel ordre global " par Ignacio Ramonet dans " Le Monde Diplomatique de Juin 1999 " http://www.monde-diplomatique.fr/ - " Vers une Europe de la défense " de Philippe Leymarie, 05/06/99 " La guerre est finie " de Jacques Rozenblum, 10/06/99 " Au Kosovo se joue l'équilibre mondial " extrait du " Courrier International " http://www.courrierint.com/ - Voir aussi " Le Monde " http://www.lemonde.fr/ - " L'Express " http://www.lexpress.presse.fr/ - Le site d'ATTAC http://www.attac.org/ * Une réaction de Jean Bricmont Professeur à l'Université Catholique de Louvain aux accords de Paix. (email : bricmont at fyma.ucl.ac.be) * Quelques remarques de Luis Gonzales Mestres sur les raisons de l'intervention de l'OTAN au Kosovo (From: Luis Gonzalez-Mestres gonzalez at in2p3.fr) sur le Forum d'ATTAC. " Je ne suis pas fou ! " * Une réaction de Yves PAGES, " Yalta Basta " publié sur le forum d'AC (From: Laurent yotogui at ras.eu.org To: "Forum AC! forum" ac-forum at ras.eu.org) * RAPPEL DE SITE A VISITER : http://perso.club-internet.fr/amfpgn/ (Association des Médecins Français pour la Prévention de la Guerre Nucléaire ) - http://www.asi.fr/~ddurand/ (Mouvement de la Paix) - http://web.logipro.com/upf/ (l'Union Pacifiste ) http://perso.wanadoo.fr/mvpaix-rennes/ (Mouvement de la Paix Rennes) - http://perso.wanadoo.fr/patrick.simon/kosovo.html (Mouvement de la Paix de Saint Claude) - http://www.fidh.imaginet.fr/ (Fédération Internationale des Droits de l'Homme) " Justice pour les Albanais du Kosovo " Rapport d'une première enquête sur les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité perpétrés au Kosovo (Juin 1999) - _________________________________________________________________ * C'est quoi la culture de Paix et le Programme de l'UNESCO pour l'an 2000 sur cette question ? Voir le site : http://perso.wanadoo.fr/mvpaix-rennes/ _________________________________________________________________ http://perso.wanadoo.fr/mvpaix-rennes/ mailto:roland.nivet at wanadoo.fr UNESCO Culture de la Paix Exemples pour la Paix Tél/fax: 02 99 51 24 03 "Les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix" (Extrait de l'Acte constitutif de l'UNESCO) Le Mouvement de la Paix coopère avec l'UNESCO et son programme de culture de paix. l'UNESCO: L'Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture est une agence spécialisée du système des Nations Unies. Elle a été fondée le 4 novembre 1946 selon l'idée majeure suivante: "Les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix..." et que si la paix ne doit pas échouer, elle doit être fondée sur la "solidarité intellectuelle et morale de l'humanité" (Préambule de l'Acte Constitutif de l'UNESCO). L'Acte constitutif de l'UNESCO fut signé à Londres le 16 novembre 1945 par 37 pays. Le but de l'Organisation, comme il est stipulé dans l'Article premier, est de "contribuer au maintien de la paix et de la sécurité en resserrant, par l'éducation, la science et la culture, la collaboration entre nations, afin d'assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, que la Charte des Nations Unies reconnaît à tous les peuples". l'UNESCO compte aujourd'hui 186 Etats membres. Pour en savoir plus: Office de l'information du public UNESCO 7, place de Fontenoy, 75352 PARIS 07 SP Tél: (33.1) 45 68 10 00 Fax: (33.1) 45 68 56 54 http://www.unesco.org Qu'est-ce que la culture de la paix? "...une démarche intégrée visant à prévenir la violence et les conflits et favoriser l'instauration de la consolidation de la paix" (Résolution 52/13 de l'ONU). Les huit trésors de la culture de la paix sont: 1. Non-violence - Obtenir la justice en convainquant, écoutant et comprenant. 2. Respect des droits de l'homme - Traiter les autres comme on voudrait être traité. 3. Démocratie - Prendre les décisions en s'exprimant et en laissant les autres s'exprimer. 4. Tolérance et solidarité - Comprendre et apprécier comment les gens sont différents et comment on peut tous s'entraider. 5. Développement humain durable - Un développement utile pour tous dans le respect de l'environnement. 6. Education pour la paix - Apprendre les habitudes et les compétences qui nous aident à vivre ensemble. 7. Libre circulation de l'information - Donner une chance à tout le monde d'apprendre et de partager toutes les connaissances. 8. Egalité des femmes - Assurer un rôle égal pour les femmes dans la construction de la société. Qu'est-ce que le réseau d'information pour la culture de la paix? La Culture de la paix Infornet est un service permanent d'information, en ligne et interactif que l'UNESCO et ses partenaires sont en train de développer pour l'an 2000, l'Année internationale pour la culture de la paix. Ce réseau est animé par des bénévoles et il diffuse une couverture permanente d'actualité et de médias favorisant une culture de la paix. Pour plus d'informations: page CULTURE DE LA PAIX sur le site PAIX 2000 La poésie et la culture en général peut contribuer à la culture de paix. Le site de Patrick Simon en est un exemple et l'ouverture sur d'autres sites culturels. ____________________________________________________________________________ ______ * LA REVUE DE PRESSE : ____________________________________________________________________________ ______ http://www.internatif.org/EspMarx/ La guerre du Kosovo suscite d'immenses interrogations et débats qui traversent toute la société, tous les courants de pensée. Dix ans après la disparition des pays dits socialistes et la fin du monde bipolaire, ces événements dramatiques mettent brutalement en lumière les réalités de cette fin de siècle, révèlent les bouleversements des rapports de force et de l'ordre ancien du monde. Cela semble indiquer un changement d'époque. Recrudescence de nationalismes, épurations ethniques, violation du droit internationale, déstabilisations en chaîne de toute une région, fragilisation de la communauté internationales et marginalisation de l'ONU, usage de la force basé sur une argumentation redoutable (" guerre humanitaire ", " guerre morale "...) aux accents de croisades d'antan, extension des missions et évolution du concept stratégique de l'OTAN vers un rôle d'intervention là où les Etats-Unis et leurs associés estiment qu'il y va de leur intérêt... on est encore loin de pouvoir en mesurer toutes les conséquences politiques, sociales, idéologiques. Mais aussi montée de nouvelles solidarités, d'une nouvelle " conscience internationale ", de l'exigence d'un ordre international régi sur la base de valeurs universelles. Recherche de pistes conduisant au respect des droits de l'homme, des minorités, des peuples. On ne saurait se satisfaire de réponses simples à des problématiques si complexes. D'immenses questions sont posées. Quelles stratégies de prévention des crises ? Comment s'extraire de la volonté hégémonique des Etats-Unis ? Comment bannir les nationalismes ? Quelles règles doivent régir le recours à la force ? Quelles évolutions du droit international induit la montée d'exigences morales ? Quels nouveaux moyens pour l'exercice de la solidarité internationale en faveurs de la défense des droits individuels et collectifs ? Quels principes, quels systèmes, quels instruments politiques pour permettre l'expression des volontés populaires aux plans national et international ? Quelles formes d'organisation transnationales maîtrisées par les citoyens et promouvant le développement humain ? Quels moyens pour l'Europe d'assurer la stabilité, le développement et les droits de l'homme dans toute l'Europe ? Il y a urgence à refonder des concepts progressistes. La nécessité de penser pour la faire avancer une alternative à la mondialisation actuelle ne peut que nous motiver à donner plus d'ampleur, à œuvrer avec une ambition encore plus grande à nos projets de travail, et tout particulièrement la rencontre internationale prévue pour novembre 2000 : " Mondialisation et émancipation humaine " à laquelle convie le Réseau Espaces Marx International afin d'avancer dans la recherche d'une mise en relation des questions de la mondialisation avec celle de la construction d'une alternative d'émancipation humaine.(...) Elisabeth Gauthier ************************** 10 Juin 1999 - INTERNATIONAL Les dangers du concept militaro-répressif Maurice Bertrand, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes et ancien membre du corps commun d'inspection des Nations unies. Il est l'auteur d'ouvrages sur les relations internationales. Soixante-dix-huit jours de guerre dans les Balkans pour tenter d'aboutir à un résultat qui aurait sans doute pu être obtenu dès les conversations de Rambouillet, était-ce nécessaire ? Maurice Bertrand. Au soir de l'échec de Rambouillet, les Etats qui avaient exigé cette négociation étaient acculés à faire la guerre et à montrer leur force comme ils l'avaient promis. Ils avaient utilisé une arme de dissuasion vis-à-vis de Milosevic, ils étaient donc obligés d'utiliser cette arme s'ils voulaient être logiques. En revanche, fallait-il en arriver là ? Fallait-il engager les négociations de Rambouillet comme elles l'ont été ? · quel moment faut-il se placer pour savoir si l'on a commis ou non une erreur fatale qui a finalement conduit à une guerre que beaucoup considèrent comme inutile ? Je crois qu'à quelque moment que l'on se place, que ce soit à la mort de Tito, pendant tout le déroulement des diverses guerres qui ont endeuillé la Yougoslavie jusqu'à celle du Kosovo, ce qu'on appelle " la communauté internationale ", en réalité les grandes puissances membres de l'OTAN, a appliqué une conception de la sécurité que j'appellerai " militaro-répressive ". Celle-ci s'appuie sur l'idée apparemment noble et simple de mettre la force au service du droit Ce qui se traduit concrètement par la notion d'intervention militaire pour le maintien, l'établissement de la paix ou la répression des agressions. Nous vivons aujourd'hui, en matière de doctrine militaire, sur cette notion d'intervention militaire pour résoudre les crises. Toutes les armées du monde, du moins celles des grands pays, sont en train - sur le modèle américain - de se transformer en " forces de projection ". Je ne prétends pas, personnellement, que nous n'ayons plus besoin de force militaire. Mais, bâtir un système de sécurité mondial sur cette idée d'intervention, me paraît dangereux et même ridicule. En définitive, si la paix est signée, si les forces serbes se retirent du Kosovo, si l'OTAN et les Russes occupent cette province, si les réfugiés rentrent chez eux, nous allons assister à une période de triomphalisme. Et l'on nous dira : " Voilà, vous avez vu comment, en dépit de quelques erreurs (parce que la guerre c'est la guerre), la force a été mise au service du droit, il faut continuer à faire ainsi. " Il va falloir résister à cette tendance triomphaliste, à ce marketing des fabricants d'armes qui nous ont vendu la " révolution dans les affaires militaires ", le " zéro mort " et les armes " intelligentes ". Il va falloir commencer par objecter que cette notion d'intervention militaire est totalement inutilisable dans la majorité des cas de crises ou de violation des droits de l'homme. Actuellement dans le monde, nous avons à faire à une trentaine de conflits intra-étatiques avec violations des droits de l'homme, morts nombreuses et destruction des économies des pays concernés. Est-ce que devant des situations comme celle de la Turquie à l'égard des Kurdes l'on va faire la même chose que pour les Serbes à l'égard des Kosovars ? Evidemment non, la Turquie est membre de l'OTAN et les Américains estiment qu'on a besoin d'elle pour d'autres raisons. En fera-t-on de même pour Israël et les Palestiniens ? Et vis-à-vis de la Chine ? Il est presque grotesque de poser ces questions. Et, dans les situations où il n'y a pas de dictateur à abattre ou d'agresseur clairement identifié, comme par exemple dans les conflits Erythrée-Ethiopie, Inde-Pakistan, on ne saurait où trouver l'ennemi, si on voulait le réprimer. L'intervention militaire ne résoudra pas ces problèmes. Dans les situations de guérilla c'est aussi totalement inutilisable. De plus, si on considère l'ensemble du problème, non seulement la guerre qui vient de se produire a été extraordinairement destructrice, mais il va falloir reconstruire. Sans parler des coûts des munitions qui se vendent à des prix astronomiques. Maintenant il va falloir employer des sommes énormes, on parle de centaines de milliards de dollars, pour reconstruire tout ce qui a été détruit et aurait pu ne pas l'être. L'intervention militaire présentée comme la panacée universelle pour assurer la sécurité, est tout simplement une escroquerie intellectuelle. Qui décide que c'est pour le droit qu'on fait la guerre ? Maurice Bertrand. L'OTAN s'est substituée à l'ONU. La déclaration du 24 avril sur le nouveau concept stratégique publiée lors du cinquantième anniversaire, dit clairement que l'OTAN est responsable de la sécurité dans sa zone, ce que l'on peut comprendre, mais qu'elle est responsable aussi pour la sécurité concernant les crises qui ont lieu aux abords de la zone, c'est-à-dire le monde entier. C'est une tentative d'hégémonie par des grandes puissances qui se considèrent comme démocratiques et, puisque démocratiques et vertueuses, par conséquent autorisées à faire ce qu'elles ont décidé. C'est l'affirmation d'une hégémonie, totalement illégale en dehors du cadre de l'ONU, et qui, je le crains, va se confirmer. Bien sûr on utilisera le chapeau de l'ONU pour occuper le Kosovo, mais c'est une utilisation " cosmétique ", comme disent les Anglo-Saxons. En réalité, on se moque éperdument du droit international : c'est une conception néo-colonialiste des problèmes de sécurité. Au Sommet de Cologne, à propos du Kosovo, on en est arrivé à parler non plus de sécurité, mais de défense européenne. Maurice Bertrand. Je dois dire que je m'inquiète de la formulation de cette idée dans laquelle le terme de défense remplace celui de sécurité, pourtant inscrit dans le traité de Maastricht. Elle me paraît significative d'une tendance inspirée de cette même conception militaro-répressive de la sécurité. Au fond, l'Europe, vexée en quelque sorte de ne pas avoir été au premier plan dans les opérations de Serbie et du Kosovo, a un sursaut de nationalisme et de dignité offensée. Elle affirme : " Maintenant nous allons avoir, nous Européens, un système de défense ". Il doit être conçu selon le modèle américain : l'Europe est considérée comme un super Etat qui aurait en quelque sorte à défendre ses frontières - ce qui est ridicule - et qui aurait besoin d'une armée forte sous la forme d'une force de projection qu'elle pourrait envoyer, elle aussi, n'importe où dans le monde, pour imposer la paix. Cela me paraît une conception et tout à fait contraire à ce que l'Europe devrait faire. Si l'Europe veut manifester son originalité et sa culture en l'opposant à celle des Etats-Unis, elle a une très belle occasion de le faire en préconisant une conception radicalement différente de la sécurité, Ce que j'appellerais, par opposition à la conception " militaro-répressive ", une conception " politique " préventive. L'Europe devrait, au lieu de se surarmer et d'augmenter ses dépenses militaires - ce qui me paraît également grotesque aujourd'hui - reprendre la politique de réduction des armements qui a été interrompue depuis 1992 sans aucune raison. Celle des armements nucléaires et celle des armements conventionnels, tant du côté russe et de tous les voisins de l'Europe, que du côté des pays européens. Il faudrait aussi accroître la coopération avec la Russie et mettre fin à l'extension de l'OTAN, provocation qui risque seulement de développer le nationalisme chez les Russes. Ce dont l'Europe et le monde ont besoin c'est d'une politique de prévention systématique, notamment dans le cadre de l'Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE) sérieusement renforcée budgétairement et structurellement, et une politique de plans Marshall pour les zones à risques, qui aiderait les pays concernés à apprendre à vivre en paix. C'est par la réduction des dépenses militaires qu'il faudrait dégager des crédits pour agir sur ces situations, et notamment essayer de stabiliser les Balkans et la zone méditerranéenne, au lieu de nous surarmer pour des attaques qui ne viendront pas ou qui, un jour, risquent de venir de quelque fou à qui nous aurons, pour des raisons de politique industrielle, vendu les armes les plus sophistiquées que nous fabriquons. Entretien réalisé par Michel Muller ****************************** 11 Juin 1999 Editorial par Claude Cabanes Le premier jour Le cauchemar est fini. Milosevic a mis sac à terre au Kosovo. Les bombardiers de l'OTAN sont restés dans leurs hangars. Ceux qui ont connu la guerre mesurent l'inestimable saveur du premier jour qui se lève dans le silence de la paix. Les autres devinent combien les cours sont aujourd'hui là-bas gonflés d'espérance. On connaissait l'homme qui rit dans les cimetières. On en connaît qui, depuis hier, y jouent du clairon : ils devraient baisser d'un ton. Aux désastres de l'atroce guerre de terreur exercée sur la population albanaise du Kosovo par le maître de Belgrade, l'Alliance atlantique a ajouté les désastres d'une guerre aérienne : nous restons persuadés que la même fin - la liberté de vivre pour le peuple kosovar - pouvait être atteinte par d'autres moyens que la dévastation systématique de la Serbie, pendant 79 jours. " 5 000 à 0 " titrait cruellement le journal américain Washington Post : 5 000 morts serbes pour 0 mort américain. Milosevic aurait pu être contraint à lâcher prise pour un prix humain, matériel, moral et politique beaucoup moins lourd. Combien de décennies faudra-t-il pour apaiser les haines accumulées, dans les cours et les esprits, au Kosovo ? Combien d'années pour relever la Yougoslavie de ses ruines et panser les plaies de l'humiliation d'un petit Etat souverain soumis aux raids de l'armada des pays les plus puissants et les plus riches du monde ? · combien va s'élever la facture de la guerre et qui va la payer ? 1 089 appareils ont participé aux opérations dans le ciel serbe : 320 étaient européens. Ce tableau se suffirait presque à lui-même : l'Europe n'a pas été capable de résoudre une crise surgie sur son sol, et a confié son destin à Washington. Il faudrait être naïf pour croire que les Etats-Unis n'avaient d'autre objectif que l'amour du genre humain en général et du peuple kosovar en particulier en intervenant massivement sur notre continent. Le dernier ambassadeur américain à Belgrade, William Zimmermann, confiait : " L'OTAN est dans la région pour 20 ou 30 ans. " Et ce n'est pas la nomination de son secrétaire général, M. Solana, à la tête des affaires de défense de l'Europe qui le contredira. Certes, la négociation de Rambouillet, comme l'a affirmé Jacques Chirac, s'était bien déroulée à l'initiative de la France et de ses partenaires européens : hélas ! Washington a déchiré le contrat, pour en découdre avec Milosevic qui ne souhaitait que ça. " Notre vision d'un monde multipolaire se trouve confortée ", estime le président de la République. Si c'est un vou, prenons en acte. Si c'est un constat, il est faux. Le monde est toujours unipolaire. _ Vendredi 11 Juin 1999 ***************************** 11 Juin 1999 - INTERNATIONAL L'économie yougoslave détruite En 1989, le PNB (produit national brut) par habitant était de 3 000 dollars, ce qui plaçait l'ancienne Yougoslavie parmi les pays moyennement développés. La dislocation de l'ancienne république fédérale, les conflits croate et bosniaque auxquels s'est ajouté le boycott commercial et financier décidé par l'Union européenne contre Belgrade, ont fait que le PNB a chuté de moitié, soit 1 650 dollars à la fin de 1998. Avec la guerre du Kosovo, le PNB par habitant n'est plus que de 1 000 dollars par habitant. Le chômage a augmenté de 33 % ces deux derniers mois. Il touchait avant le début des frappes près de 30 % de la population. Depuis, près de 600 000 personnes privées d'emploi sont venues grossir les rangs des chômeurs, à la suite de la destruction des 50 principales installations industrielles du pays par l'OTAN : l'usine automobile Zastava de Kragujevac, l'usine aéronautique de Pancevo, les complexes de constructions mécaniques de Rakovica, Nis, Krusevac et Valjévo. Novi Sad, l'un des plus importants centres industriels yougoslaves a été la plus touchée. · ce tableau déjà sombre, il faut ajouter la destruction du réseau électrique, de deux des trois raffineries du pays, d'une centaine d'hôpitaux et de 200 écoles... L'économiste Mladjan Dinkic a estimé qu'il faudra quarante et un ans à la Yougoslavie pour retrouver le niveau de développement qu'elle connaissait en 1989. Si 20 % de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté - soit deux millions de personnes -, on estime, en revanche, que 60 % n'en est pas loin. Dans ces conditions, le coût de la reconstruction estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars par des sources serbes ne paraît nullement exagéré au vu de l'ampleur des dégâts. Toutefois, l'Union européenne a décidé de n'apporter aucune aide à cette reconstruction tant que Slobodan Milosevic restera au pouvoir. H. Z. ************************* http://www.regards.fr/ Juin 1999 - La Planète Crise mondiale " Plus d'universel contre la haine " Par Roger Martelli* A quoi attribuer, en cette fin de siècle, la recrudescence des nationalismes ? Comment l'idée même de nation résiste-t-elle à cette vague ? Quel universalisme se dessine dans les méandres de ces contradictions ? Le XXe siècle s'est ouvert avec l'exaltation nationaliste ; il s'achève sur sa troublante remontée. Les drames de l'ex-Yougoslavie en sont la manifestation la plus terrible. Qu'est-ce que "l'épuration ethnique" ? La forme extrême d'une conviction qui veut que l'idéal soit dans la coïncidence d'un territoire, d'une ethnie et d'un Etat. Le métissage, voilà l'ennemi ! Peu importe la méthode, massacres ou déplacements de populations entières : l'essentiel est que le territoire soit ethniquement homogène, propriété exclusive du peuple qui s'en désigne comme le légitime héritier. La haine de l'Autre et la recherche permanente du Même, au nom d'une identité sacralisée, ont été, depuis près de deux siècles, les ressorts de cette idéologie détestable : le nationalisme. Il n'est pas étonnant que ce nationalisme relève la tête aujourd'hui. La longue croissance de l'après-guerre et les équilibres de "l'État providence" avaient laissé supposer que les démocraties classiques ou "bourgeoises" pouvaient désormais assurer un avenir apaisé pour le plus grand nombre. La percée de la décolonisation avait installé au pouvoir des mouvements portés par un nationalisme progressiste, largement laïcisé, sensible à la solidarité et au développement partagé, refusant plus volontiers l'impérialisme que les expériences venues de l'extérieur. Quant au communisme, même dans ses formes les plus caricaturales, il constituait une espérance ne laissant guère de place à l'exclusivisme de la passion nationaliste. La crise des sociétés occidentales, les déchirements sociaux du néo-libéralisme et l'effondrement du communisme ont tari provisoirement l'espérance. Quand les repères se brouillent, quand l'avenir s'assombrit, quand le monde se fait étrange, l'étranger paraît hostile et la nation exclusive se mue en foyer protecteur, source familière qu'il faut protéger contre tous les dangers qui l'assaillent. Il ne sert à rien de mépriser ce qui, après tout, n'est que l'expression d'une angoisse et d'une souffrance. Mais on n'apaisera pas les fièvres nationalistes en composant un tant soit peu avec leurs logiques, voire avec leurs mots. Le nationalisme et le patriotisme ne se superposent pas. La nation n'est pas une chimère. Elle est la forme la plus moderne de communauté ethnique et, pour tout dire, elle est la seule communauté politique qui soit installée solidement sur une base territoriale. Le supranational, pour l'instant du moins, n'a pas cette vertu. Il ne peut donc, de façon si simple, se substituer à la nation quand la question posée est celle des choix communs, et donc celle de la décision politique. Pour cette raison, j'estime récusable tout parti pris antinational affirmé de façon absolue. Mais le seul parti pris national ne peut suffire à construire l'avenir des hommes. L'affirmation d'une autre conception de la société-monde Nous sommes irrémédiablement engagés dans un monde interpénétré, où chaque portion d'espace tend à dépendre de toutes les autres, où les problèmes deviennent "globaux". Pour l'instant, la manière de gérer cette globalité a un nom : "mondialisation" et elle est dominée par les normes du capital dans sa forme actuelle, outrageusement financière. Contre cette mondialisation-là, il peut être tentant de se réfugier dans les valeurs de la nation, surtout quand cette nation est la nôtre. Mais ce n'est pas à mes yeux la bonne méthode. Pour au moins deux raisons. La première est que l'on ne peut combattre efficacement la mondialisation du capital que par l'affirmation d'une autre conception de la société-monde. Face à la mondialisation débridée des marchés financiers, de la déréglementation, il faut imposer la mondialisation contrôlée du développement humain, du patrimoine partagé, de la solidarité universelle. Cela suppose la critique de ce qui est ; cela suppose surtout de l'alternative. Si la mondialisation actuelle est critiquable, ce n'est pas parce qu'elle est trop universelle ; c'est parce qu'elle l'est de façon inacceptable, incomplète et déséquilibrée. On ne dépassera donc pas ses défauts par le grand retour au national, mais par l'affirmation d'une universalité supérieure, démocratique de part en part. La seconde raison tient aux limites de la sacralisation nationale. Chaque nation a ses spécificités ; aucune n'est exceptionnelle ou unique. La France a apporté sa pierre à l'évolution démocratique générale de l'Europe et du monde. Mais elle n'est a priori ni plus démocratique ni plus sociale que les autres. Pour penser un avenir français construit sur d'autres dynamiques, sur d'autres valeurs que celles du capital et du profit, le plus efficace est de s'appuyer sur un socle universel de valeurs humaines, pour que le développement en France soit pleinement compatible avec celui de l'ensemble de l'humanité. Effacer l'apport de chaque nation appauvrit, car l'universel ne peut se penser sous la forme du modèle et donc de l'Unique. Mais l'Unique national ne vaut pas mieux que l'Unique des modèles impériaux. Il faut préserver le cadre politique des nations ; il faut en récuser l'idéalisation. Il faut continuer de penser des projets nationaux ; il faut s'attacher à construire la communauté politique de l'Europe et du monde. * Historien. ******************************* Juin 1999 - La Planète Noam Chomsky - Boston USA -Par Montserrat Sens Entretien avec Noam Chomsky* Il est difficile de trouver exactement à quelle catégorie n'appartient pas Noam Chomsky. Une espèce de Voltaire américain, Chomsky continue de fustiger, du haut de ses 70 ans, la politique étrangère des Etats-Unis aussi bien que les élites néo-libérales "vendues aux tyrannies privées". S'il n'a pas pu changer le monde, il n'a pas cessé un instant d'être à la fois témoin et voix de la conscience de la société américaine qu'il ranime inlassablement de ses torpeurs, sans génuflexions lexicales. Vos positions sur l'engagement de l'OTAN au Kosovo dénotent une fois de plus aux Etats-Unis. Vous avez été l'un des premiers à évoquer le désastre humanitaire que ce scénario impliquait. Pourquoi considérez vous que cette guerre exclut toute justification morale ? Noam Chomsky : Quelle morale peut naître de la malhonnêteté ? Les dernières décennies ne montrent pas un seul engagement humanitaire de la part des Etats-Unis. L'intervention US-OTAN, comme son commandement en chef l'avait prévu, a signifié une escalade radicale des barbaries. Elles approchent maintenant le degré connu en Turquie contre les Kurdes ou en Palestine en 1948. Nous savons que cette intervention militaire ne va pas mettre un frein aux atrocités de Milosevic. Clinton et Blair l'ont dit depuis le début, cette guerre est nécessaire pour assurer la "crédibilité de l'OTAN". Il n'y a ni honnêteté, ni morale, ni humanitaire dans cet objectif. Cela relève davantage de la logique de la mafia. Si quelqu'un refuse de payer sa protection, le parrain doit assurer la crédibilité de son clan, afin que tout le monde s'aperçoive ce qu'il en coûte de ne pas respecter les lois de la Cosa Nostra. Ainsi Clinton et sa clique sont en train de dire au monde qu'il doit s'ajuster aux ordres des policiers globaux. Rappelons qu'il y a un an, un document de l'administration Clinton - "Essentials of Post-Cold War Deterrence" - établissait que les Etats-Unis devaient se montrer à leurs adversaires comme une puissance irrationnelle et vindicative quand nos intérêts sont menacés car "il nous en coûterait de nous montrer sous un jour totalement réfléchi ou agissant de sang-froid" pour défendre l'ordre mondial et il va sans dire certainement pas pour respecter des traités et le droit international. "Le fait que quelques éléments" du gouvernement américain "puissent apparaître comme potentiellement hors de contrôle ne peut que bénéficier à l'état de crainte de nos adversaires". Le Kosovo, c'est une répétition de ce plan stratégique. Le reste, c'est de la propagande. Les opérations sans répit des bombardiers de l'OTAN n'ont fait que multiplier les morts au Kosovo comme dans le reste de la Yougoslavie. En fait, elles réussiront certainement à faire que le nombre des réfugiés atteigne celui des déplacés de Colombie, ainsi que le chiffre record de ce pays en assassinats politiques, perpétrés par des forces armées et des paramilitaires équipés et entraînés par les Etats-Unis. Vous n'avez eu de cesse de dénoncer l'engagement du Pentagone en Colombie comme un autre type de "contre-insurgence", non plus celle de la CIA en Amérique centrale dans les années 1980 mais sous couvert de guerre anti-drogue, une intervention tout aussi néfaste. Noam Chomsky : Après plus d'une décennie de campagne anti-drogue, nous savons qu'aux Etats-Unis le niveau de consommation et les prix n'ont pas varié, mais ont plutôt tendance à augmenter. La plupart des drogues consommées en Amérique du Nord sont des produits synthétiques élaborés sur place par l'industrie locale. Dans ce domaine au moins, les Américains n'ont pas besoin d'aller chercher leurs matières premières à l'étranger pour fabriquer des amphétamines, des champignons ou du crack. La guerre anti-drogue est aussi une guerre interne. Sa fonction est d'épurer le système de ceux qui ne sont pas rentables, des marginaux, des superflus. Les prisons sont remplies de personnes qui ont commis des délits dont ils sont les seules victimes, avoir fumé, aspiré, s'être piqué. La police a pour rôle de nettoyer les rues des déchets humains que produit cette structure néo-libérale, ceux qu'aux Etats-Unis on appelle les "useless" (qui ne servent plus) et en Amérique latine, "los desechables". Un adulte noir sur trois est sous la surveillance de la justice. Dans certains Etats, c'est un sur deux. Dans douze Etats, le chiffre des Noirs en prison est dix fois supérieur à celui des Blancs. Pour moi, ce n'est pas du racisme mais un phénomène de classe. Le maintien de cette campagne permet aussi d'apeurer le reste de l'opinion publique. Le taux de criminalité aux Etats-Unis n'est pas beaucoup plus élevé que dans la plupart des autres pays industrialisés, par contre la peur de l'autre est ancrée partout. Maintenir cette panique est essentiel pour la reproduction de ce modèle. Ici, les hommes politiques font campagne sur les millions qu'ils destineront à écraser la délinquance s'ils sont élus, les publicités vous vendent des clôtures, des alarmes, des caméras pour vous "protéger davantage". La crainte du crime est hors de proportion avec la criminalité. En maintenant la population sous l'angoisse perpétuelle du crime, on parvient à lui faire accepter tous types de contrôles. Beaucoup demandent encore plus de "protection" comme ces 69 % de la communauté blanche de New York qui appuie la politique "tolérance zéro contre les délinquants", mise en place par le maire Guiliani. En semant la terreur de la criminalité, les dirigeants américains ont trouvé "l'ennemi intérieur" : le Noir, le pauvre. L'opinion publique se détourne alors des principaux thèmes qui devraient mériter toute son attention, accepte d'être contrôlée, puis finalement traitée au mépris de ses droits. Mais de quels droits peut-on parler aux Etats-Unis : les supermarchés, les laveries, les églises décident d'ouvrir 24 heures sur 24, car les gens n'ont plus assez de temps pendant la journée. L'american way of life sans issue ? Noam Chomsky : Les vingt dernières années ont signifié pour les familles pauvres et de la classe moyenne américaine un accroissement du temps de travail, approximativement 15 heures par jour, alors que le pouvoir d'achat a chuté au niveau de celui des années 60. La société est donc en train de s'adapter aux nouvelles pressions. Il faut faire son supermarché à 5 h 30 pour éviter les embouteillages et arriver à 8 heures au travail. Une à deux semaines de vacances par an. Les gens travaillent davantage, pour des salaires qui stagnent ou déclinent. Vous continuez pourtant à vous définir comme optimiste et à considérer que les Américains moyens ont pris une plus grande place dans les affaires de politique extérieure. D'où vient tant d'espoir ? Noam Chomsky : Analyser la situation en affirmant que les mouvements de solidarité ou les mouvements populaires américains n'existent plus est une profonde erreur. Au contraire, si on suit de près cette société, on s'aperçoit vite que les mouvements de solidarité sont bien plus présents ici que dans beaucoup d'autres endroits du monde. Ils ont par ailleurs acquis plus d'efficacité et de profondeur par rapport au mouvement anti-guerre des années 60. C'est aujourd'hui le mainstream américain, le Middle West ou le Sud-Ouest rural qui s'opposent aux interventions militaires en Amérique centrale, qui partent soutenir des collectifs au Nicaragua, en Indonésie ou à Brunei. Bien sûr, certains font partie des groupes de chrétiens conservateurs, mais pas exclusivement. Et alors ? Ils dénoncent la misère, les injustices, la guerre. Ils demandent une meilleure coopération, ils comprennent ce que représente l'engagement militaire de leur pays. C'est un phénomène tout à fait nouveau dans l'histoire de ce pays qui a longtemps cru qu'il n'y avait que de l'eau ou des sauvages au-delà du Rio Grande. Cela n'est pas arrivé pendant la guerre du Vietnam. Cela n'arrive pas en Europe. Personne ne part en Algérie, au Cambodge ou au Kosovo. Ces mouvements sont bien plus politisés que ceux des années 60, même s'ils sont tout à fait atomisés. Mais cela est une caractéristique de la société américaine. Il n'y a jamais eu de mouvement de solidarité de masse aux Etats-Unis. C'est une illusion perverse que de penser que les manifestants qui marchaient sur Washington contre la guerre du Vietnam ou pour Luther King constituaient un mouvement de masse intégré. Il a fallu attendre des mois et des mois de guerre, des centaines et des centaines de corps de soldats arrivant du Vietnam dans les sacs poubelles, pour que ces gigantesques manifestations se déclenchent. Aujourd'hui, ce ne sont plus des groupes d'étudiants, au sein de leurs campus qui bougent et s'organisent. La solidarité et le mouvement contre la guerre des années 90 ne recrutent plus exclusivement dans l'élite, elle a développé ses racines dans l'Amérique profonde. Regardez les manifestants contre les bombardements de l'OTAN, ils sont partout. Encore une fois, ce n'est pas un phénomène massif, mais il est constant. Votre analyse optimiste englobe-t-elle aussi le mouvement syndical ? Noam Chomsky : Il faut remonter aux années 50, pour voir l'évolution du syndicalisme. A cette période, les syndicats américains étaient essentiellement des mouvements pro-guerre et anti-ouvriers. Ils ont été financés pendant longtemps par la CIA et d'autres groupes d'intérêts privés pour briser le mouvement ouvrier à l'étranger. Leur travail de sape en France en est un exemple. Pendant toutes ces années, les syndicats avaient davantage pour but de briser les grèves et les alliances de la classe ouvrière ici et ailleurs, que de représenter les travailleurs américains face aux grandes compagnies privées ou publiques. Ils ont trempé dans la mafia, les cartels de drogue, la corruption, les dessous de tables du FBI, enfin tout était admis. Ils ne se sont pas opposés a la guerre du Vietnam ni aux autres interventions des Etats-Unis. Aujourd'hui, la situation est différente. Les leaders syndicaux ont changé, ils ont établi des liens très étroits avec d'autres mouvements en dehors même des Etats-Unis. Cela est particulièrement visible avec les syndicats mexicains. Il y a une prise de conscience mutuelle et des actions communes, des soutiens aux grèves des uns et des autres. Cela ne s'arrête pas au Mexique, mais se prolonge dans le reste de l'Amérique centrale et même en soutenant l'action des syndicats en Indonésie. Finalement, l'idée est acquise que, pour faire face à la globalisation du capital, un mouvement syndical mondial et solidaire est indispensable. C'est là encore une idée tout à fait nouvelle pour les Etats-Unis, quelque chose qui tranche avec son passé anti-ouvrier et protectionniste. Est-ce cependant suffisant quand cette globalisation implique le transfert des décisions politiques vers les sphères économiques ? Noam Chomsky : Il est vrai que les décisions politiques ont été transférées, non pas vers les sphères économiques stricto sensu, mais plutôt vers des concentrations non imputables du secteur privé. Lors d'un récent entetien dans Newsweek, David Rockefeller, l'un des exposants les plus souples dans le spectre du libéralisme, commente que les milieux d'affaires veulent réduire le rôle de l'Etat, et que le secteur privé est certainement le plus qualifié à prendre en main les affaires publiques. Seulement, je constate qu'aucun d'entre eux ne perçoit avec clarté les différences entre le fait de prendre des décisions politiques et le fait d'assumer les fonctions propres à un Etat. Mélanger la terminologie relève de la malhonnêteté. La raison pour laquelle le secteur privé rêve de la réduction de l'intervention étatique repose exclusivement sur le fait qu'un Etat composé d'institutions dans lesquels les citoyens ont leur mot à dire est inadmissible pour les milieux d'affaires. La menace démocratique est insoutenable pour le monde du business tout comme elle l'était pour la monarchie, l'appareil stalinien et tous les avocats du totalitarisme. Comme le postule correctement Rockefeller, le but des tyrannies privées est d'aller au-delà de l'administration des marchés. Les hommes d'affaires et les élites à leur solde veulent aussi le contrôle du social, du politique, de l'académique, enfin, de tout ce qui pense et menace. Ils veulent réduire l'opinion publique à la docilité, empêcher la renaissance de l'espoir en une existence plus sensée, contrôler et réduire leurs expectatives de changer le monde en inventant de nouveaux besoins inoffensifs pour le système tellement lucratif pour les investisseurs. Dénommer "globalisation" la tendance actuelle est une erreur. Elle est globalisante mais profite à des groupes très restreints. Exemple, ces tyrannies privées exigent un "traitement national", l'une des récurrences de l'Accord multilatéral sur les investissements (AMI). Donc General Motors devrait être traitée au Mexique comme une entreprise mexicaine. Supposons que des immigrés mexicains à leur tour exigent des autorités du Texas - un territoire volé au Mexique par les Etats-Unis au siècle dernier - le droit à un "traitement national". On imagine facilement ce qui leur arriverait... D'autre part, c'est tout à fait fallacieux, de la part de ces businessmen, de parler de réduction de l'Etat : leur exigence fondamentale est d'obtenir un Etat puissant, qui contrôle massivement les sphères économiques et sociales, ici et ailleurs, en faisant du business pour eux et pour protéger leurs profits. Un Etat qui socialise les risques et les pertes, qui supprime les agitations et les remous de l'opinion. Le reste n'est que propagande. Quelles sont les alternatives ? Noam Chomsky : Les objectifs traditionnels de liberté, justice et démocratie ne sont pas des mots désuets. Il faut commencer par là. Bien sûr, ceux qui brandissent le spectre du pouvoir veulent faire croire qu'ils sont pris en étau entre des forces mystiques et qu'ils n'ont pas les moyens d'une autre politique, qu'il n'y a pas d'alternative au modèle, comme se complaît à le répéter l'un des plus abjects serviteurs de ces tyrannies privées et plus fidèle avocate d'un Etat aux lois d'airain, Margaret Thatcher. Du mythe!!! Les alternatives constructives et plausibles pleuvent de partout sans obtenir les faveurs de la presse libre pour leur diffusion. Pays industrialisés, pays émergents, qui peut faire pencher la balance ? Noam Chomsky : Les pays émergents ont chaque fois une marge de manoeuvre plus réduite. Même les pays riches sont sévèrement contraints par cette "globalisation" dirigée par les tyrannies privées. Le sort du programme keynésien modéré, mis en place par Oskar Lafontaine, montre combien ces entreprises isolées sont fragiles : elles sont minées par le pouvoir des banques centrales et la menace du transfert de la production. Avec une véritable solidarité internationale, un grand objectif peut être atteint, en fait nous n'en connaissons pas les limites. Mais il faut se souvenir combien les luttes et les résistances sont imitables, multipliables, même si chacune d'entre elles, prise isolément, peut sembler dérisoire. Cette dynamique des combats est bien comprise par les managers de la politique qui craignent avant tout les effets contagieux de ces événements. Les archives de l'administration Kennedy nous montrent aujourd'hui combien ce président tremblait devant l'expérience cubaine, cette idée épouvantable qu'un peuple puisse prendre en main son destin. Les Etats-Unis n'ont cessé de trembler pendant ce siècle, face à Jacobo Arbenz au Guatemala, l'expérience de l'Unité populaire au Chili, pour ne citer que les plus connues. Percevez-vous cette fin de siècle comme une remise en question des valeurs de l'humanisme ? Noam Chomsky : Je ne suis pas sûr que tout le monde s'entende en parlant de l'humanisme. La période de l'esclavage ? Les massacres massifs des conquêtes coloniales ? Le roi Léopold au Congo et les Américains aux Philippines ? Les fours crématoires chez ceux qui se considéraient les plus civilisés d'Europe ? La liberté des êtres humains était-elle un principe fondamental quand les femmes n'avaient pas de droit de vote ? Ou quand les droits de nouvelles générations ne figuraient pas au registre des conventions internationales ? L'on peut débattre de l'importance des méandres complexes de l'Histoire, mais il me semble qu'il est impossible de nier qu'il y a une tendance lente mais constante à étendre le domaine moral, le champ de la justice et des droits de l'humain. Le progrès est d'une lenteur agonisante, certes, et l'on a connu plus d'une récession. La période actuelle, en particulier, offre une terrible illustration de l'intensité des attaques contre le droit, la dignité et le respect entre les peuples. Une attaque menée par les Etats les plus puissants et leurs élites dans la plus grande malhonnêteté. Mais le retour du balancier est inexorable. n Noam Chomsky Profit over People : Neo liberalism and global order Seven Stories Press New York, Toronto, London 1999. * Linguiste de renommée internationale, essayiste, écrivain, polémiste intarissable, franc-tireur du verbe et de l'épithète avec une chaire de linguistique au MIT, le prestigieux Institut technologique du Massachusetts. retour ************************* http://www.politis.fr/ YOUGOSLAVIE Dix questions entre guerre et paix Au moment où la paix hésite, nous passons en revue les premières leçons d'un conflit encore loin d'être achevé. par Jean-Louis Peyroux Que dit, pour l'essentiel, le plan de paix, accepté le 3 juin par Slobodan Milosevic ? Ce plan, conclu entre le président finlandais Martti Ahtisaari, pour l'Union européenne, l'émissaire russe Viktor Tchernomyrdine et le président yougoslave Slobodan Milosevic, exige l'arrêt immédiat et vérifiable de la violence et de la répression au Kosovo, et le retrait " dans un délai rapide " des troupes militaires, policières et paramilitaires. La paix serait garantie par le déploiement de " présences civiles et militaires efficaces et internationales " qui pourraient agir selon la Charte de l'Onu. Mais le quatrième point du document précise que la " présence de sécurité " serait fondée sur " une participation fondamentale de l'Otan (...) sous un commandement unifié ". La présence civile, elle, aurait pour objet une " administration provisoire " du Kosovo, sur la base d'un accord du Conseil de sécurité de l'Onu. Cette articulation entre Otan et Onu est précisément l'un des points d'achoppement entre Russes et Yougoslaves, d'un côté, et Occidentaux, de l'autre. L'objectif politique humanitaire étant, bien sûr, le retour de tous les réfugiés et personnes déplacées, en toute sécurité. Le processus politique s'appuie sur l'accord de Rambouillet : une " autonomie substantielle " du Kosovo. Dans l'accord de paix conclu à Belgrade, l'hypothèse d'un référendum - dans trois ans - n'y figure plus, alors que la démilitarisation de l'UCK est inscrite en toutes lettres. Par ailleurs, la suspension des opérations militaires (les bombardements de la Yougoslavie) " n'aura lieu qu'une fois que le retrait aura commencé et sera vérifiable ". C'est là un deuxième sujet de controverse, la Russie souhaitant un arrêt préalable des frappes. Aurait-on pu éviter ces deux mois et demi de guerre ? C'est l'histoire du " piège " de Rambouillet-Paris (cf. Politis n° 546). Dans l'accord militaire conjoint avec un accord politique, l'Otan avait la part belle. Elle pouvait traverser tout l'espace de la République fédérale de Yougoslavie et pas seulement le Kosovo. C'est donc la partie militaire de l'accord qui a fait capoter l'ensemble. La négociation du G8, le 6 mai, parlant de " présences internationales civiles et de sécurité efficaces ", a remis l'Onu et la Russie dans le jeu. A condition que son interprétation fasse l'objet d'un accord commun. Pourquoi la Russie a-t-elle retardé l'échéance après l'accord du 3 juin ? Viktor Tchernomyrdine, l'émissaire de Boris Eltsine, avait déjà échoué en avril. La Russie, humiliée une fois, avait été réintroduite dans la diplomatie par l'Allemagne, l'Italie et la France. N'ayant même pas obtenu cette fois-ci une suspension préalable des frappes aériennes, Tchernomyrdine a été mis sur la touche à son retour à Moscou par le ministre des Affaires étrangères, Igor Ivanov, et par les militaires russes, mécontents de devoir jouer un rôle mineur dans la force internationale de paix, la KFOR +, dirigée par un général britannique, Michael Jackson. Pour reprendre la main, la Russie souhaite désormais que le déploiement des troupes au Kosovo soit précédé par la résolution du Conseil de sécurité. De plus, le ministère russe de la Défense ne veut pas que ses soldats soient sous commandement de l'Otan mais de l'Onu. " Il faut renforcer le rôle de l'Onu et de ses représentants pour que (le règlement du conflit) ne soit pas seulement sous les auspices de l'Onu, mais également sous le drapeau de l'Onu, sous le commandement de l'Onu ", a martelé Alexandre Avdeïev, vice-ministre russe des Affaires étrangères, le 7 juin. Est-ce une capitulation ou un compromis de Milosevic ? Tout dépend de la façon dont évoluera la crise politique en Yougoslavie. Slobodan Milosevic prétend mettre un terme aux bombardements, à la détresse des Serbes et " à la destruction de son pays ". Mais il met du temps à accepter le retrait des troupes serbes et voudrait une présence yougoslave au Kosovo plus importante que celle prévue dans l'accord de paix. Ses diplomates parlent, dans une phase intermédiaire, de 15 000 hommes. En réalité, Milosevic serait favorable à une sorte de partition du Kosovo, en gardant la partie riche en minéraux de la province. Dans le document signé le 3 juin, figure " une présence " de militaires yougoslaves et serbes " dans les sanctuaires du patrimoine serbe ". Exactement la zone choisie pour une partition. Pourquoi Milosevic a-t-il cédé à cet instant du conflit ? C'est évidemment la question la plus délicate. Peu sensible aux soubresauts d'une opinion publique bâillonnée, il a sans doute senti qu'il ne pourrait plus tenir très longtemps, dès lors que la Russie s'alignait totalement sur les exigences de l'Otan. Une crise politique est-elle possible en Serbie ? Le jeu des " deux guignols ", Vojislav Seselj (extrême droite) et Vuk Draskovic (nationaliste), a repris. Le premier a parlé de " capitulation ", tandis que le second, qui n'a plus de rôle officiel, s'est affiché auprès de Milosevic lors du vote au Parlement serbe. Dans ce jeu trouble, les partis d'opposition (Parti démocrate, Alternative démocratique, Parti social-démocrate) ont approuvé, chacun à leur façon, l'accord de paix. Mais ils ont un rôle ténu. Des manifestations contre la guerre ont eu lieu dans plusieurs villes. Mais, surtout, inculpé de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre, Milosevic a perdu de son pouvoir charismatique dans la population. L'UCK acceptera-t-elle le plan ? A Rambouillet, puis à Paris, la perspective de l'indépendance avait dopé la délégation de l'Armée de libération du Kosovo (UCK). L'accord de paix ne la mentionne pas, même indirectement, mais garantit une " autonomie substantielle ". Les Américains se méfient de l'UCK, tout comme les Européens, qui ont joué la carte Ibrahim Rugova. Son porte-parole en Allemagne, Sabri Kicmari, évoquait spontanément, le 3 juin, une " nouvelle ruse (de Milosevic) pour diviser la communauté internationale ". Quelque temps plus tard, le leader de l'UCK, Hashim Thaçi, approuvait le plan proposé à Belgrade. Cependant, le porte-parole de l'UCK, Jakub Krasniqi, se méfie de la présence des Russes dans une force internationale de paix. Sur le terrain, l'UCK, qui aurait 17 000 soldats, pourrait occuper la place en cas de retrait brutal de l'armée serbe. Hashim Thaçi a affirmé, le 8 juin, que son mouvement " n'attaquerait aucune force serbe en train de se retirer ". Comment s'est redistribué le jeu international ? Si le Conseil de sécurité reste toujours l'institution internationale qui pilote les Nations unies, la guerre au Kosovo a mis en avant le G8, c'est-à-dire les sept pays les plus industrialisés (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie, Canada) plus la Russie. Ce sont les ministres des Affaires étrangères du G8 qui rédigent la résolution pour le Conseil de sécurité. Cela signifie que le Japon et l'Allemagne, qui avaient été minorisés en politique étrangère depuis la Seconde Guerre mondiale, ont désormais leur mot à dire. De son côté, la Chine, qui suit la Russie dans la crise au Kosovo, a un rôle désormais moins important. Quel a été le rôle spécifique de la France ? Sans grande marge de manœuvre, la France s'est tout de même efforcée de faire entendre une musique un peu différente. C'est par exemple Hubert Védrine qui a œuvré (et finalement obtenu) la " synchronisation " des initiatives diplomatiques et militaires : l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité, le début du retrait des forces serbes et la suspension des bombardements de l'Otan. La Russie, d'ailleurs, précisait, le 8 juin, que ses 10 000 hommes ne seraient pas " sous commandement de l'Otan ". Qui paiera la reconstruction ? " Les Etats-Unis ont conduit la guerre, l'Europe doit conduire la paix ", affirme Dominique Strauss-Kahn, le samedi 5 juin dans le Télégramme de Brest. Pour Romano Prodi, le futur président de la Commission européenne, le coût de la reconstruction de la région est évalué entre 5 et 6 milliards d'euros par an, sur cinq ans. " C'est un gros effort mais qui n'est pas en dehors des possibilités européennes ", ajoute-t-il. De son côté, le commissaire européen aux affaires monétaires, Yves Thibault de Silguy, chiffre à 18 milliards d'euros la dépense nécessaire. Mais il ne tient pas compte des aides hors Union européenne. Au sommaire des dépenses : le retour des réfugiés, la reconstruction, l'aide des pays directement touchés par la guerre et leurs voisins. Comme les Quinze seront les premiers concernés, c'est leurs économies qui seront affectées. L'Union européenne veut créer une agence chargée de la reconstruction du Kosovo, qui serait opérationnelle avant la fin du mois de juin. J-L. P. ****************************** http://www.monde-diplomatique.fr/ LE MONDE DIPLOMATIQUE - JUIN 1999 Nouvel ordre global LA guerre actuelle, qui oppose l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) à la République fédérale de Yougoslavie, ouvre une nouvelle étape dans l'histoire des relations internationales. Elle annonce l'aube d'un nouvel ordre global. Nous savions que la guerre froide s'était achevée en novembre 1989 avec la chute du mur de Berlin, et que l'après-guerre s'était terminé en décembre 1991 avec la disparition de l'Union soviétique. Désormais nous savons que la crise du Kosovo clôt une décennie (1991-1999) d'incertitudes, de désordres et de tâtonnements en matière de politique internationale, et esquisse un cadre nouveau pour le siècle qui commence. La mondialisation économique, qui constitue, de loin, la dynamique dominante de notre temps, avait besoin d'être complétée par un projet stratégique global en matière de sécurité. Le conflit du Kosovo fournit l'occasion d'en dessiner les grands traits. Cette première guerre de l'OTAN apparaît, à cet égard, effectivement inaugurale. Pour la communauté mondiale, cela représente un véritable saut dans l'inconnu, une avancée dans un territoire inexploré qui réserve sans doute beaucoup de bonnes surprises, mais également nombre d'embûches et de dangers. Les causes, la conduite et les finalités de cette guerre, en effet, ne correspondent en rien à celles qui étaient habituelles dans des conflits de même nature. CAUSES. Prenant prétexte des atrocités commises au Kosovo par le régime de Belgrade, l'OTAN a avancé, comme causes du conflit, des arguments d'ordre humanitaire, moral et même " civilisationnel " - c'est " un combat pour la civilisation ",a déclaré, par exemple, M. Lionel Jospin (1).L'histoire, la culture et la politique, causes de tous les conflits depuis les guerres puniques (2), deviennent soudain des dimensions obsolètes. Cela constitue une révolution, non seulement d'ordre militaire, mais tout simplement d'ordre mental. Au nom de l'ingérence humanitaire, considérée désormais comme moralement supérieure à tout, l'OTAN n'a pas hésité à transgresser deux interdits majeurs de la politique internationale : la souveraineté des Etats et les statuts de l'Organisation des Nations unies (ONU). La souveraineté résidait, sous l'Ancien Régime, dans la personne du roi " par la grâce de Dieu ". Sous l'influence des philosophes des Lumières, les révolutions américaine (1776) et française (1789), comme toutes les démocraties depuis, la situent dans le peuple (" Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ", dit l'article 3 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen d'août 1789). Ce principe de souveraineté autorise un gouvernement à régler ses conflits internes en fonction de ses propres lois, et sans que nul puisse s'immiscer dans les affaires intérieures d'un Etat. C'est ce principe, vieux de deux siècles, qui a volé en éclats le 24 mars dernier. Certains disent, non sans raison : tant mieux, car, à l'abri de ce principe qui interdit aux autres Etats de venir au secours des victimes, trop d'abus ont été commis par des Etats contre leurs propres citoyens. Et, dans le cas de la Yougoslavie, beaucoup estiment que, si M. Slobodan Milosevic a été formellement élu par voie démocratique, il n'en demeure pas moins un despote, inculpé le 27 mai pour " crimes de guerre " par le Tribunal international de La Haye. Or un despote ne tient pas sa légitimité du peuple ; donc la souveraineté de son Etat n'est qu'un artifice légal lui permettant de pratiquer l'arbitraire. Une telle souveraineté ne mérite nullement d'être respectée ; encore moins si le despote se livre à des violations des droits humains ou à des crimes contre l'humanité. Nous avons également vu, récemment, que même des décisions souveraines (prises par l'ensemble des principales forces politiques de droite et de gauche) d'un pays incontestablement démocratique comme le Chili, concernant M. Augusto Pinochet, n'ont pas été respectées. Elles n'ont pu éviter l'arrestation de l'ancien dictateur à Londres et la demande d'extradition vers l'Espagne, où il pourrait être jugé pour crimes contre l'humanité. Et la création d'une Cour pénale internationale (à laquelle les Etats-Unis demeurent hostiles) a pour but de juger les auteurs de crimes contre l'humanité, imprescriptibles, et ce indépendamment de toute décision légale adoptée par un Etat souverain. De surcroît, la mondialisation, qui élimine les frontières, homogénéise les cultures et réduit les différences, met également à mal l'identité et la souveraineté des Etats. Comme le constate Alain Joxe : " La constitution d'un empire universel (américain) par l'extension de l'économie de marché provoque des balkanisations-libanisations par destruction des prérogatives régulatrices des Etats traditionnels (3) ". Où réside désormais la souveraineté d'un pays ? Va-t-on vers l'instauration, à l'échelle planétaire et sous l'égide de l'Occident, de " souverainetés limitées ", semblables à celles que voulaient instaurer, dans les années 60 et 70, Leonid Brejnev et l'URSS à l'égard des Etats du camp socialiste ? Faudra-t-il envisager, dans cet esprit, la résurrection de la vieille figure coloniale du protectorat, comme on l'avait prévu, en 1991 déjà, pour la Somalie ; comme on le pratique de fait actuellement en Bosnie et en Albanie ; et comme on veut le faire au Kosovo après la guerre ? La souveraineté est passée de Dieu à la nation, va-t-elle résider désormais dans l'individu ? Va-t-on vers l'apparition, après l'Etat-nation, de l'Etat-individu ? Chaque individu se voyant reconnaître les attributs et les prérogatives qu'avaient jusqu'à présent les Etats ? Indiscutablement, la mondialisation et son idéologie, l'ultralibéralisme, s'accommoderaient, voire encourageraient, une telle transformation que les nouvelles technologies de la communication et de l'information rendent, techniquement, envisageable. Concernant l'ONU, les bombardements contre la Yougoslavie ont été décidés par l'OTAN sans que nulle résolution du Conseil de sécurité les autorise explicitement. C'est la première fois que l'on assiste, dans une affaire aussi grave, à la mise à l'écart des Nations unies, la seule plate-forme internationale pour la résolution de conflits et le maintien de la paix. De nombreux indices, depuis le début des années 90, indiquaient que les Etats-Unis ne souhaitaient plus voir l'ONU jouer leur rôle : non-renouvellement du mandat de M. Boutros Boutros-Ghali, remplacé par le nouveau secrétaire général, M. Kofi Annan, supposé être plus docile à l'égard des thèses de Washington ; signature des accords de Dayton sur la Bosnie, sous l'égide américaine, et non sous celle des Nations unies ; idem pour les accords israélo-palestiniens de Wye River ; décision unilatérale de bombarder l'Irak sans décision de l'ONU, etc. En fait, tout indique que les Etats-Unis ne s'accommodent plus des Nations unies. Dans leur situation actuelle d'hégémonie, ils n'acceptent plus d'être bridés par les procédures légalistes des Nations unies. Et on s'aperçoit ainsi que l'existence de celles-ci, tout au long de ce siècle (sous la forme d'abord de la Société des nations), n'était pas due à une avancée civilisationnelle comme on le croyait, mais simplement à l'existence simultanée de puissances d'envergure comparable dont aucune ne pouvait, militairement au moins, l'emporter sur les autres. Un tel équilibre a été rompu avec la disparition de l'Union soviétique et, pour la première fois depuis deux siècles, un pays - une " hyperpuissance " comme la qualifie le ministre français des affaires extérieures, M. Hubert Védrine - domine le monde de manière écrasante dans les cinq sphères essentielles de la puissance : politique, économique, militaire, technologique et culturelle. Ce pays - les Etats Unis - ne voit pas pourquoi il partagerait ou limiterait son hégémonie alors qu'il peut l'exercer pleinement sans que nul (pas même les Nations unies) puisse la lui contester. Effectuées au nom de l'humanitaire, ces deux transgressions - non-respect de la souveraineté et non-acceptation du magistère des Nations unies - ne vont pas sans poser quelques problèmes. Par exemple : comment concilier préoccupation humanitaire et usage de la force ? Peut-il y avoir des bombardements éthiques, surtout quand de multiples erreurs de tir font des centaines de victimes civiles ? Peut-on parler de " guerre juste " quand la disproportion militaire et technologique entre les adversaires est abyssale ? Au nom de quelle morale la légitime protection des Kosovars doit-elle supposer la destruction des Serbes ? Ces questions hantent la conscience de la plupart des dirigeants sociaux-démocrates (anciens soixante-huitards, anciens trotskistes, anciens maoïstes, anciens communistes, anciens pacifistes...) qui firent partie de la Love Generation, du Flower Power, qui criaient : " Make love, not war " en fredonnant des chansons antimilitaristes (cf. Donovan, Universal Soldier) et s'opposèrent farouchement jadis à la guerre du Vietnam (une " juste cause " pourtant, selon les critères d'aujourd'hui...). Certains dirigeants écologistes peinent à concilier une attitude rageusement va-t'en-guerre et leur discours traditionnel sur la protection de l'environnement. Ils constatent que la guerre en Yougoslavie, comme toute guerre, est, en soi, une catastrophe écologique : destructions de raffineries de pétrole avec dégagements de nuages toxiques ; bombardements d'usines chimiques qui polluent les rivières et tuent la faune ; lancement de bombes au graphite dégageant des poussières cancérigènes ; largage de bombes à uranium appauvri radioactives ; usage de bombes à fragmentation qui sèment des centaines d'engins assimilables à des mines antipersonnel (les Etats-Unis ayant refusé de signer le traité d'Ottawa qui en interdit l'usage) ; délestage dans l'Adriatique de bombes activées qui menacent les pêcheurs, etc. D'autres se demandent pourquoi, au nom de l'ingérence humanitaire, l'OTAN n'intervient pas dans d'autres pays en faveur de populations en détresse. Par exemple : au Soudan Sud, en Sierra Leone, au Liberia, en Angola, au Timor-Oriental, au Tibet, etc. D'autres encore constatent que l'humanitaire n'échappe pas, parfois, au principe des deux poids, deux mesures. Ainsi, s'agissant de l'Irak - que les Etats-Unis et le Royaume-Uni continuent de bombarder quotidiennement, sans mandat international -, la France, la Russie et la Chine sont favorables, au nom de l'humanitaire, à une levée de l'embargo décidée par les Nations unies, mais les deux autres membres permanents du Conseil de sécurité - Etats-Unis et Royaume-Uni - s'y opposent systématiquement, et ce malgré le fait que cet embargo ait déjà causé, directement ou indirectement, depuis 1991, la mort de centaines de milliers de civils... Enfin, sur le droit d'ingérence humanitaire, d'aucuns remarquent qu'il ne devrait pas seulement être un droit du plus fort. Mais comment les faibles pourraient-ils user d'un tel droit ? Imagine-t-on, par exemple, tel pays africain intervenant, au nom de ce droit d'ingérence, dans tel Etat américain pour protéger les Noirs victimes de violations des droits humains ? Ou un pays d'Afrique du Nord intervenant dans un Etat d'Europe où les ressortissants maghrébins seraient l'objet de discriminations systématiques ? Et pourquoi ne pas imaginer, comme le font certains, un droit d'ingérence sociale ? N'est-il pas scandaleux qu'il y ait, au sein de l'Union européenne, 50 millions de pauvres ? Ne s'agit-il pas là d'une violation majeure des droits humains ? Peut-on accepter que, à l'échelle de la planète, un être humain sur deux vive avec moins de 10 francs (1,53 euro) par jour ? Que 1 milliard de personnes vivent dans l'extrême pauvreté avec moins de 5 francs (0,76 euro) par jour ? Ce que dépense quotidiennement l'OTAN en bombardant la Yougoslavie (64 millions de dollars, soit 59 millions d'euros) permettrait de nourrir 77 millions de personnes... CONDUITE. Ce conflit dans les Balkans est également, dans sa conduite, une guerre de nouveau type. Jamais, dans l'histoire militaire, un affrontement a été dirigé comme le fait le général Wesley Clark, commandant suprême de l'OTAN. Le principe du " zéro mort " est devenu un impératif absolu. Après deux mois de bombardements, pas un seul militaire de l'Alliance n'a trouvé la mort en action de guerre. Cela ne s'était pas vu. Les pertes matérielles seraient insignifiantes. Alors que le nombre de missions aériennes dépasse les 25 000, seuls deux avions ont été perdus (mais leurs pilotes ont été récupérés sains et saufs, en terrain ennemi, par des commandos spécialisés), ce qui confirme le projet du général Clark de faire une " guerre sans perte d'avions (4) ". Aucun navire, aucun char, aucun hélicoptère de l'Alliance n'a été endommagé en action de guerre. En revanche, les destructions matérielles subies par la Yougoslavie sont considérables. Les infrastructures militaires et industrielles (dont les centrales électriques) ont été largement abîmées ou rendues inutilisables, de même que les principales voies de communication (dont les ponts, les chemins de fer et les autoroutes). Tous les systèmes électroniques sont brouillés, les communications téléphoniques écoutées en permanence. Plusieurs milliers de militaires serbes auraient été tués. Selon certains généraux américains, le pays aurait été, dès à présent, ramené deux décennies en arrière, et, si les bombardements continuent au même rythme, il pourrait se retrouver au stade où il était au sortir de la seconde guerre mondiale... Cinquante ans de reconstruction, fruit de l'effort de deux générations, seraient ainsi effacés en quelques semaines. Le rapport de forces militaire est tellement inégal entre l'OTAN et la Yougoslavie qu'il est, en effet, impropre de parler de guerre. C'est en réalité à une punition que l'on assiste. Une punition comme aucun pays (à l'exception de l'Irak) n'en a jamais reçu. Car la stratégie de l'OTAN contraint la Yougoslavie à rester passive, impuissante à l'égard des forces de l'Alliance, qui demeurent en tout état de cause hors de sa portée. Mais en réalité nous avons affaire à deux guerres. L'une du fort au faible, de l'OTAN contre la Yougoslavie, qui est, nous l'avons dit, plutôt une punition. L'autre, du faible au plus faible, de la Serbie contre les Kosovars, des forces de Belgrade contre l'UCK. D'un côté, une guerre sophistiquée, électronique et technologique, de l'autre, massacres à la tronçonneuse, déportations de masse, viols, et exécutions sommaires. Autre originalité de ce conflit, l'OTAN déclare explicitement qu'elle ne veut pas tuer. Même pas les militaires serbes, encore moins les civils. C'est une guerre d'engins contre engins, de machines contre machines. Presque un vidéo-jeu. Et dès que, en raison d'une erreur de tir, des innocents sont tués, l'Alliance se confond en repentances, excuses, regrets, remords et autres demandes de pardon. Ecraser l'adversaire, dans l'abstrait, oui ; tuer un ennemi concret, non. " Dans la néo-guerre - observe Umberto Eco - perd devant l'opinion publique celui qui a trop tué (5). " Telle est la nouvelle loi qu'impose cette guerre. Et sur laquelle veillent attentivement les médias. La manipulation de ceux-ci demeurant l'un des objectifs principaux des parties en conflit. A cet égard, cette guerre n'apporte aucune innovation majeure par rapport au modèle Malouines (6) mis au point dès 1982 et appliqué en particulier durant la guerre du Golfe. Pour l'essentiel, l'OTAN met en ouvre un dispositif médiatique conçu dès 1986 et corrigé par les leçons tirées de la guerre du Golfe. Il s'agit, en deux mots, de rendre la guerre invisible et de demeurer la source principale d'information des journalistes. Ceux-ci, indiscutablement plus prudents, ne parviennent pas toujours à éviter cette nouvelle forme de censure démocratique et de propagande affable. D'autant que, à Belgrade, la censure traditionnelle et la propagande grossière aident encore moins à la manifestation de la vérité. Ainsi les médias en sont réduits, depuis deux mois, à commenter une image centrale absente : celle des atrocités commises par les forces de Belgrade contre les populations civiles du Kosovo. Beaucoup de témoignages de déportés décrivent ces crimes, dont la réalité ne fait pas de doute (7), mais nulle image ne nous les a montrés, nul reporter ne les a vus de ses yeux. Ce qui représente un échec pour la machine médiatique, notamment audiovisuelle, qui, depuis une dizaine d'années, tentait de nous persuader qu'informer cela consistait, pour l'essentiel, à nous faire assister à l'événement. D'où, aussi, les polémiques. Entre les défenseurs de la " vérité officielle " de l'OTAN et quelques observateurs de terrain dissidents et iconoclastes. Ainsi, au Royaume-Uni, le ministre des affaires étrangères, M. Robin Cook, n'a pas hésité à s'en prendre publiquement au correspondant de la BBC à Belgrade, John Simpson, en l'accusant d'être un " complice de Milosevic " simplement parce que le journaliste attirait l'attention sur l'existence, en Serbie, d'opposants démocrates au régime, sur les écoles détruites, etc. Le gouvernement (travailliste) britannique alla jusqu'à faire pression et demander le rapatriement du journaliste, ce que la BBC refusa. En Italie, le correspondant de la RAI, Ennio Remondino, qui critiqua très durement les bombardements de Belgrade et en particulier celui du bâtiment de la télévision serbe, fut férocement pris à partie par des journalistes et des intellectuels en uniforme qui l'ont traité d'" agent de Milosevic ". En France, enfin, les observations ramenées par Régis Debray, après un court séjour au Kosovo, ont valu à cet intellectuel, parce qu'elles ne cadraient pas avec la vérité officielle, un véritable lynchage. FINALITÉS. Concernant les finalités, les buts, les objectifs réels de cette guerre, l'Union européenne et les Etats-Unis poursuivent, chacun de leur côté et pour des motifs différents, des desseins fort précis mais non rendus publics. L'Union européenne le fait pour des considérations stratégiques. Mais l'importance stratégique d'une région n'est plus ce qu'elle était. Naguère une zone était stratégiquement importante lorsque sa possession apportait un avantage militaire considérable (accès à la mer, à un fleuve navigable, à un relief dominant, à une frontière naturelle, etc.), permettait de contrôler des richesses décisives (pétrole, gaz, charbon, fer, eau, etc.) ou des routes commerciales vitales (détroits, canaux, cols, vallées, etc.). A l'heure des satellites, de la mondialisation, et de la " nouvelle économie " basée sur les technologies de l'information, une telle conception de l'importance stratégique s'est largement effondrée. A cet égard, le Kosovo ne présente pas d'intérêt stratégique. Sa possession n'apporterait à la puissance occupante ni avantage militaire, ni richesse décisive, ni contrôle d'une route commerciale vitale. Où réside désormais, pour une entité opulente comme l'Union européenne, l'importance stratégique d'un territoire ? Essentiellement dans la capacité de celui-ci à exporter des nuisances : chaos politique, insécurité chronique, émigration clandestine, délinquance, mafias liées à la drogue, etc. De ce point de vue, pour l'Europe, deux régions présentent, depuis la chute du mur de Berlin, une importance stratégique de premier ordre : le Maghreb et les Balkans. La crise du Kosovo s'est envenimée après l'implosion de l'Albanie en 1997, lorsque ce pays plongea dans l'anomie fournissant alors, indirectement, aux combattants de l'UCK à la fois l'occasion de se procurer facilement des armes et d'établir un sanctuaire sûr pour leurs incursions au Kosovo. Cette " guerre de libération " d'un territoire fanatiquement revendiqué par deux adversaires déterminés à aller jusqu'au bout, menaçait d'être longue et cruelle. L'Union européenne pouvait-elle se permettre de vivre, pendant cinq ou dix ans, avec ce type de conflit à ses marches ? Et avec toutes les retombées prévisibles en Macédoine et sur le reste des Balkans ? Avec des dizaines de milliers de réfugiés cherchant à gagner, via l'Italie, le reste des pays de l'Union? La réponse à ces questions, ce sont les bombardements de l'OTAN. Pour les Etats-Unis, le Kosovo ne présente aucun intérêt stratégique, ni au sens ancien ni au sens moderne. Pour eux, qui sont entrés à reculons dans la crise des Balkans dès 1991, l'affaire du Kosovo procure un prétexte idéal pour boucler un dossier auquel ils tiennent fortement : la nouvelle légitimation de l'OTAN. Cette organisation de défense, mise sur pied à l'époque de la guerre froide, avait été conçue pour affronter l'attaque d'un adversaire précis : l'Union soviétique. Avec la disparition de l'URSS, en décembre 1991, l'effondrement des pays communistes et la dissolution du pacte de Varsovie, l'OTAN aurait dû elle-même se dissoudre. Et être remplacée, en Europe occidentale, par une organisation de défense spécifique. Ce à quoi s'oppose Washington, qui souhaite demeurer une puissance européenne et qui a tout fait pour renforcer l'OTAN et étendre son influence en accueillant en son sein trois pays de l'Est (Pologne, Tchéquie, Hongrie). " Indiscutablement - confirme un analyste américain -, l'OTAN aurait été maintenue en raison de l'influence politique qu'elle procure aux Etats-Unis en Europe et parce qu'elle bloque le développement d'un système stratégique européen rival de celui de Etats-Unis (8). " La crise du Kosovo a fourni aux Etats-Unis l'occasion d'appliquer le nouveau concept stratégique de l'OTAN, quelques semaines avant son adoption officielle à Washington le 25 avril 1999 (9). Le résultat n'est pas évident ; au bout de deux mois, l'Alliance ne l'a toujours pas emporté. Au point que certains officiers américains se demandent si, tous comptes faits, il n'eût pas été plus efficace d'intervenir sous mandat des Nations unies, comme dans le Golfe, plutôt que dans le cadre de l'OTAN avec les complications qu'imposent les consultations permanentes de dix-neuf gouvernements (10). Et il serait encore plus facile, pour les Etats-Unis, d'agir unilatéralement. Leur suprématie militaire le leur permettrait. Pour imposer, sous l'empire du marché, un nouvel ordre global. Est-ce choquant ? Non, affirme l'amiral William J. Perry, ancien secrétaire à la défense du président Clinton : " Les Etats-Unis étant le seul pays avec des intérêts globaux, ils sont le leader naturel de la communauté internationale (11). " IGNACIO RAMONET. (1) Le Monde, 22 mai 1999. (2) Les trois conflits qui opposèrent, aux IIIe et IIe siècles av. J.-C., Rome et Carthage. (3) Alain Joxe, " Le nouveau statut des alliances dans la stratégie américaine ", Cahiers d'études stratégiques, no 20, Paris, printemps 1997. (4) International Herald Tribune, 18 mai 1999. (5) Le Figaro, 3 mai 1999. (6) Lire La Tyrannie de la communication, Galilée, Paris, 1999. (7) Cf. William Branigin, " US Details Serb Terror In Kosovo ", International Herald Tribune, 12 mai 1999. (8) Cf. William Pfaf, " What Good Is NATO if America Intends to Go It Alone ? ", International Herald Tribune, 20 mai 1999. (9) Lire de larges extraits du document définissant le " Nouveau concept stratégique de l'Alliance " in El Pais, Madrid, 26 avril 1999. (10) Cf. William Pfaf, op. cit. (11) William J. Perry , " La construction d'alliances par le leadership global et la dynamique d'enlargement " (discours du 4 mars 1996), in Cahiers d'études stratégiques, op. cit. ****************************************** http://www.courrierint.com/ Vers une Europe de la défense La crise au Kosovo, en voie de règlement, a accéléré la prise de conscience en faveur d'une "identité européenne de défense", qui donnerait aux Européens une capacité autonome par rapport au "parrain " américain. L'engagement massif de l'armée américaine dans cette guerre du Kosovo, le contrôle du commandement des forces de l'OTAN par des généraux américains, le fait que - jusqu'au bout - le dernier mot, qui donnait le ton, soit toujours revenu au président Clinton ... tout cela a contribué à convaincre les Européens qu'il fallait tenter d'exister par eux-mêmes. Y compris sur ce terrain de la sécurité, près de 50 ans après l'échec d'une première tentative - la fameuse CED, Communauté européenne de défense - et 10 ans après l'explosion de l'Union soviétique, la mort du communisme, et la fin d'une "guerre froide" qui, en théorie du moins, enlevait à l'OTAN, au système dit "atlantiste", sa principale raison d'être. La phrase-clé de la déclaration adoptée à Cologne, jeudi, par les chefs d'Etat européens, est celle-ci : "L'union doit disposer d'une capacité autonome ( voilà le mot important, l'ambition !), soutenue par des forces militaires crédibles" ( c'est dire que, bien sûr, aujourd'hui, elles ne le sont pas)... L'Union, continue ce texte, "doit avoir les moyens de recourir à ces forces et être prête à le faire afin de réagir face aux crises internationales, sans préjudice - et là aussi, les mots sont pesés - sans préjudice des actions entreprises par l'OTAN". Le but est de mettre en place, à terme, un "véritable dispositif de gestion des crises" conduit par l'Union européenne, qui permettrait aux Etats membres de l'OTAN, ou neutres, ou non-alliés de "participer pleinement et sur un pied d'égalité aux opérations de l'Union européenne". Voilà pour le schéma idéal. Dans la pratique, évidemment, c'est moins simple ... Chacun a d'ailleurs multiplié les précautions de langage ... Ainsi, Washington a salué cette volonté des Européens de se doter de capacités militaires autonomes, "distinctes mais pas séparées de l'OTAN", a plaidé le porte-parole du Pentagone. Ce système "sera compatible avec le rôle de l'OTAN comme clé de voûte de notre défense", a rappelé un porte parole britannique. "Il n'a jamais été question de remplacer l'OTAN", a fait valoir un ministre allemand. Et la Déclaration de Cologne rappelle, elle-même, que "l'Alliance atlantique reste le fondement de la défense collective de ses membres". Pas question donc, dans la phase actuelle, de se passer de cette alliance euro-américaine, qui - pour beaucoup d'Etats de l'Union - reste le pilier sécuritaire numéro Un, dont ils n'imaginent pas de pouvoir s'affranchir. Restent, comme espaces d'autonomie, les quelques projets en cours : l'utilisation, par l'Union européenne, des quelques moyens de l'UEO, une organisation qui a tout le temps de prouver son inefficacité, et qui va s'auto-dissoudre... Il s'agit d'une cellule de planification militaire, d'un centre d'analyses de données satellite, et d'un institut d'études de sécurité. Mais on est loin du comité militaire permanent que certains Etats de l'UE, comme la France, voudraient voir mis rapidement en place. Le président Chirac a d'ailleurs annoncé à Cologne que son pays allait soumettre dans les prochains jours à ses partenaires un "plan d'actions", qui permettrait notamment d'avancer dans la voie de l'identification des capacités militaires européennes en cas de crise. Pour donner l'exemple, Paris et Bonn ont d'ailleurs décidé, la semaine dernière, de transformer d'ici un an l'actuel "Eurocorps" - qui comprend des unités françaises, allemandes, espagnoles, belges et luxembourgeoises - en un corps européen de réaction rapide. Mais à terme, les Européens , s'ils veulent être vraiment autonomes, devront avancer dans la voie de la restructuration des industries de défense, et mettre en commun des outils de recherche ou d'analyse qui sont pour le moment notoirement insuffisants et obligent à s'en remettre entièrement à l'incontournable parrain américain. Philippe Leymarie, 05/06/99 ************************ La guerre est finie La capitulation serbe de Kumanovo restera dans l'histoire comme le seul document signé conjointement par les belligérants, la reconnaissance ultime de la reddition des vaincus. La première guerre de l'OTAN en un demi-siècle se termine donc par une victoire de l'alliance au terme de deux mois et demi, onze pleines semaines de conflit. L'histoire retiendra qu'il a fallu mobiliser la plus grosse armada aérienne de tous les temps, pilonner la Yougoslavie pendant 79 jours au point de ravager la Serbie, négocier pendant des semaines pour venir à bout de la folle résistance de Milosevic et planter enfin le drapeau de la liberté sur le Kosovo. Pour l'Alliance des démocraties occidentales, la victoire est à la fois une satisfaction, un soulagement et un défi, parce que la paix revient, mais sur un paysage de ruines. La victoire ne sera en effet complète qu'à deux conditions : que les réfugiés retournent au Kosovo et que Milosevic soit déféré devant la justice internationale. Pour le million de réfugiés sans compter les populations terrées à l'intérieur de la province, un long cauchemar vient de prendre fin. Mais combien sont effectivement prêts à rentrer pour reconstruire un pays détruit ? C'est la première question, il y en a beaucoup d'autres. L'après-guerre ne sera pas une partie de plaisir. Au Kosovo, les alliés entrent dans un véritable champ de mines, au propre comme au figuré. Les écueils, pièges, chausse-trappes y sont innombrables. Parviendra-t-on à désarmer la guérilla kosovare, à contenir sa soif de vengeance, à faire cohabiter des populations albanaise et serbe séparées par un fleuve de sang ? Autant de défis, autant de périls. Quand à Milosevic, il dispose encore d'une marge de manœuvre et de multiples possibilités de déstabilisation dans la région. La paix est là, mais c'est donc une paix armée. Le premier jour sans guerre laisse voir un paysage, après la bataille, dévasté. Dans l'ordre mondial, il y aura un avant et un après Kosovo. Ce qui s'est passé laissera des traces durables dans les relations entre l'Occident, la Russie et la Chine aussi bien qu'entre les Etats-Unis et l'Europe. Reste que cette première victoire de l'ingérence humanitaire contre la purification ethnique est un formidable précédent qui crée désormais aux Occidentaux des obligations à l'échelle planétaire. Jacques Rozenblum, 10/06/99 ********************************** Au Kosovo se joue l'équilibre mondial Les fins de partie forment le chapitre le plus délicat du jeu d'échecs. Ce sont aussi les moments les plus difficiles d'une guerre. Dans le cas présent, la difficulté est extrême pour cette évidente raison que Milosevic joue sa tête dans l'affaire, mais l'OTAN aussi met en question sa survie comme organisation politico-militaire de sécurité : un échec retentissant aurait pour effet non l'abolition formelle de l'organisme OTAN, mais la recherche tacite, par les Européens, d'une nouvelle architecture continentale de sécurité. La Russie est d'ores et déjà victorieuse : délaissée et méprisée par la diplomatie de Madeleine Albright, elle revient en force pour proposer un plan de compromis acceptable pour tous, avec la bénédiction particulièrement visible des Allemands, des Français et de cette fraction du département d'Etat incarné par Strobe Talbott qui avait été effectivement marginalisée par ceux pour lesquels le "Partenariat pour la paix", l'association de la Russie à l'OTAN, devait demeurer une coquille vide. Reste à présent à déterminer quel compromis ultime pourrait être accepté par les belligérants. L'option la moins vraisemblable demeure la partition : cette solution qui aurait ses mérites - celui notamment d'en finir avec les querelles de statut et de laisser à chacun des groupes en présence un territoire à administrer - est à présent rejetée pour des raisons de principe et des difficultés immenses d'application. Il est paradoxalement plus difficile d'accepter des échanges de territoires, même limités, après l'explosion de "purification ethnique" pratiquée par les Serbes. Toutefois, la localisation éventuelle de troupes russes, et peut-être roumaines ou grecques, à proximité de telle ou telle localité particulièrement sensible aux Serbes serait une indication allant dans le sens d'une exterritorialisation de certains lieux (patriarcat de Pec) ou d'un regroupement naturel de la population serbe de la province vers tel lieu privilégié. La seconde hypothèse, bien plus acceptable pour l'OTAN, sera donc un retour à Rambouillet amendé. Il est vrai que la piteuse figure faite par les fiers-à-bras de l'UCK ne renforce pas leur main : les anciens patrons de l'organisation albanaise ont déstabilisé la direction pacifiste d'Ibrahim Rugova à Pristina pour laisser ensuite la population exposée aux violences serbes et ils ont continué à critiquer les Occidentaux pendant tout le processus. La mise au pas de l'UCK sera une tâche difficile mais indispensable de l'après-guerre. Pour l'instant, il se pourrait que Milosevic accepte finalement une administration de l'ONU ou de l'OSCE pour la totalité du Kosovo, avec une présence de forces armées de l'OTAN, mais diversifiées - Grecs, Tchèques et Espagnols tout autant qu'Américains, Français et Britanniques -, et par ailleurs de Russes et de soldats d'autres pays orthodoxes n'appartenanr pas à l'OTAN (comme l'Ukraine ou la Roumanie). L'appartenance de ce Kosovo administré à la Serbie serait réaffirmée ainsi que la nécessité d'une conférence globale à terme, où le statut définitif de la province serait mis en parallèle avec celui de la Bosnie, des autres Etats issus de l'explosion de la Yougoslavie, etc. Cette dernière clause permettrait alors de gagner du temps et de jouer sur la cicatrisation progressive de l'ensemble du tissu régional, en pariant sur l'émergence progressive de forces moins ethnocentriques un peu partout. Une telle conclusion serait suffisamment humiliante pour Milosevic et pour l'OTAN, suffisamment intéressante aussi pour chacun des camps pour être finalement acceptée faute de mieux : la "purification ethnique" aurait été mise totalement en échec, mais l'intégrité formelle de la Serbie respectée, au moins pour un temps. Mais on sait aussi qu'une situation belliqueuse se nourrit d'elle-même tel un incendie. Le président Clinton a clairement indiqué qu'il souhaitait un compromis, même boiteux, en refusant les dispositions qui pourraient conduire à un déploiement rapide au sol et en redonnant à son vieil ami le sous-secrétaire d'Etat Strobe Talbott une sorte de préséance sur Madeleine Albright. Toutefois, les pressions d'un Congrès républicain toujours en guerre contre son administration, comme l'ont prouvé ses récents votes hostiles, les maladresses d'une diplomatie russe divisée et les bouffées délirantes d'un Milosevic trop sûr de s'en être tiré une nouvelle fois pourraient contraindre les Etats-Unis à pousser plus loin les feux de la guerre, s'ils estiment que la cohésion de l'OTAN sortirait par trop menacée d'un compromis trop complaisant avec le pouvoir serbe actuel. Une telle éventualité présente des inconvénients immenses qui tiennent à la dynamique du conflit : repousser une offre de paix russe, c'est refaire l'unité serbe, pourtant mise à mal par l'affaire du limogeage de Vuk Draskovic ; humilier Eltsine, c'est faire face à une profonde colère de Moscou. C'est la raison pour laquelle cette troisième hypothèse est à présent la moins vraisemblable. Malheureusement, les situations de guerre font perdre la raison aussi sûrement que la raréfaction des pions, dans les fins de partie aux échecs, accentue les erreurs d'appréciation de certains joueurs. Espérons donc que prévaudra le calcul, car l'enjeu est de taille. Que de cette crise yougoslave, que l'on espère ultime, naisse une frontière permanente entre Occident et orthodoxie slave, et c'est tout l'avenir européen au prochain siècle que l'on obère. Qu'au contraire on sorte de la crise avec une reconstruction qui permette une entente russo-européenne d'une part, une réconciliation russo-turque d'autre part, et c'est l'équilibre mondial qui se trouve enfin consolidé. CI 444 - 06/05/ __________________________________________________________ * Une réaction de Jean Bricmont Professeur à l'Université Catholique de Louvain en Belgique. (email : bricmont at fyma.ucl.ac.be) _____________________________________________________________________ Date: Fri, 11 Jun 1999 17:30:55 +0200 From: Jean Bricmont Bonjour a tou(te)s, J'avais eu droit a un certain nombre de delicatesses a connotation psychiatrique lorsqu'il y a quelques semaines j'avais emis sur cette liste l'hypothese d'une correlation entre le projet d'adhesion de l'Azerbaidjan a l'OTAN, avec tutelle militaire de celle-ci sur les gazoducs et oleoducs de cette zone (e.g. entre l'Azerbaidjan et la Georgie) et l'action militaire de l'OTAN contre la Yougoslavie. Je vous avais parle d'un projet de liaison terrestre, notamment pour le gaz et le petrole, entre l'Europe Occidentale et la moitie sud de l'Asie en passant par le Kurdistan, la Turquie, la Bulgarie... jusqu'au Kosovo et le sud de la Serbie. Plus loin, j'avais meme pense a une liaison terrestre OTAN-ASEAN (ce qui demanderait le soutien d'etats comme l'Inde, mais pourquoi pas?) pour isoler la Chine et la Russie. Bon, en tout cas je ne devrais pas me retrouver seul a Sainte Anne. Du moins, si l'on s'en tient a cette annonce qui vient d'etre diffusee sur la liste "reseau", et dont j'ai raye le nom de l'auteur, concernant des revelations que serait en train de diffuser l'hebdomadaire americain The Nation (editorial du 14 juin). Amities Luis ---------- Forwarded message ---------- Date: Thu, 10 Jun 1999 12:14:45 est Reply-To: reseau at lists.nothingness.org To: reseau at lists.nothingness.org Subject: Aut'fax 27 ========================================================= Fowarded message follows! ========================================================= Kosovo : de stupéfiantes révélations sur les causes de la guerre Quel n'est pas l'étonnement des commentateurs politiques lorsqu'ils analysent les Accords mettant fin à la guerre au Kosovo et les compare aux Accords de Rambouillet. La force internationale sera sous les auspices de l'ONU et de non de l'OTAN, elle sera déployée uniquement au Kosovo et non dans toute la Yougoslavie, le retour des réfugiés sera supervisé par le Haut-Commissariat des Nations-Unies et non par l'OTAN. Il n'y aura pas de référendum sur l'indépendance du Kosovo et l'UCK sera désarmée. En fait, on compare ici l'accord actuel à l'Annexe B des Accords de Rambouillet (rendue publique seulement après le début des bombardements), un texte présenté par l'OTAN à Milosevic le dernier jour des négociations de Rambouillet. L'article 8 de cet Accord stipulait que les troupes de l'OTAN auraient le droit " à un passage libre et sans restriction et un accès sans empêchement à travers l'ensemble de la Yougoslavie, y incluant l'espace aérien et les eaux territoriales " (Notre traduction). On parlait donc d'une occupation de la Yougoslavie et non seulement du Kosovo comme maintenant. De plus, l'article 8 spécifie que " cela inclut, de façon non limitée, le droit de bivouac, de manoeuvre et de l'utilisation de toutes les zones et les facilités requises pour le soutien, l'entraînement et les opérations ". À l'article 10, on ajoute que l'utilisation des routes, des aéroports et des ports de la Yougoslavie par l'OTAN serait sans coût. Autrement dit, en acceptant de telles conditions présentées à la dernière minute à Rambouillet, la Yougoslavie aurait abdiqué totalement sa souveraineté. Il n'y avait pas d'autres issues que la guerre. Alors, pourquoi l'OTAN impose-t-elle aujourd'hui, après 80 jours de bombardements, des conditions moindres que celles qu'elle mettait sur la table comme exigences sine qua non à Rambouillet ? Une incroyable révélation La réponse commence à sortir. Dans l'édition du 14 juin du magazine américain The Nation, un ancien responsable du Département d'État américain pour la Yougoslavie, George Kenney écrit qu'une personne, qui voyage régulièrement avec la Secrétaire d'État Madeleine Albright, lui a dit qu'un membre du Département d'État aurait confié à des journalistes, sous le sceau du secret, que les Etats-Unis ont délibérément, à Rambouillet, mis la barre à une hauteur que les Serbes ne pouvaient accepter. Les Serbes, selon ce fonctionnaire, avaient besoin de bombardements pour entendre raison. Cette incroyable révélation démontre que le but de la guerre n'avait rien à voir avec les soi-disant " motifs humanitaires " qui ont été invoqués. Se pose alors la question, pourquoi cette guerre ? Pourquoi un tel déploiement militaire ? Pourquoi ces bombardements qui ont largement contribué au déplacement forcé de près d'un million de Kosovars ? Pourquoi cette pluie de bombes qui a tué plus de 10 000 personnes et en a blessé 5 fois plus ? Pourquoi avoir détruit toute l'infrastructure économique de la Yougoslavie? Aujourd'hui la Serbie Demain la Russie ? L'action de l'OTAN ne peut se comprendre que dans le cadre des ambitions impériales américaines. Les Etats-Unis ont voulu donner le spectacle de leur énorme supériorité militaire pour intimider tous ceux qui voudraient résister à leur poussée hégémonique. L'effondrement de l'Union soviétique a signifié le triomphe des Etats-Unis dans la Guerre froide ; mais restait à concrétiser cette victoire par la domination de ces régions et la mainmise sur leurs énormes ressources naturelles. Dans l'ex-Europe centrale, les Etats-Unis et leurs alliés européens ont fait main basse sur tous les pays ; seule la Yougoslavie leur résistait. Dans leur collimateur, on retrouve maintenant les ex-républiques soviétiques et plus particulièrement leurs riches champs pétrolifères. D'ailleurs, le 17 avril dernier, on assistait à la fin du monopole russe sur le transit du pétrole de la mer Caspienne vers la mer Noire avec l'inauguration de l'oléoduc Bakou-Soupsa, financé par des capitaux occidentaux. C'est le résultat d'une politique concertée de la Géorgie, l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et la Moldavie, en liaison avec l'Union européenne. Au plan politique, soulignons que seule la Russie a boudé la célébration du 50e anniversaire de l'OTAN. Bien plus, l'Ukraine (dès 1994) et le Kazakhstan (en 1997) ont organisé des manoeuvres conjointes avec l'OTAN. Hier les Balkans, demain le Caucase ? Rappelons-nous que la Russie, contrairement à la Yougoslavie, est une puissance nucléaire. __________________________________________________________ * Une réaction de Yves PAGES, " Yalta Basta " publié sur le forum d'AC ___________________________________________________________ Date: Ven, 11 Jun 99 18:27:04 -0000 From: Laurent To: "Forum AC! forum" --- ac-forum ----------- Yalta basta La Yougoslavie, comme superpuissance régionale, devait disparaître. C'est, depuis belle lurette, l'idée fixe qui sous-tend les stratégies (contradictoires à première vue) de l'Alliance. L'éclatement symbolique de cette ex-Fédération (ceci dit sans aucune nostalgie philo-titiste) devait et doit chaque jour plus encore conduire à l'établissement de petites seigneuries ethniques, religieuses, etc. Des micro-Principautés impuissantes, coincées entre l'Empire pan-européen, l'Empire arabo-mulman et les confins 100% slaves. A la croisée de ces rapports de force géopolitiques, il est bien entendu que nul ne doit durablement prendre l'avantage. En ce sens l¹arrière-pensée de l¹OTAN s¹énonce ainsi : seul un équilibre des terreurs balkaniques peut assurer le bien-être pacifié des coalisés d'Occident. D'où ce Yalta bis - marque déposée, brevetée et contresignée récemment à Rambouillet - dont on s¹est bien gardé de dévoiler l¹enjeu réel. Non pour faire durer le plaisir, mais parce qu¹au terme des discussions, les armes devaient parler pour faire taire les ultimes réticences, toutes opinions publiques confondues ? Le temps est donc venu des prises de position militaires qui achèvent de sceller cet accord in live (?) sur le terrain des opérations. Nul besoin d'être multi-médium pour pressentir les contours du prépartage du Kosovo : un tiers industriel pour les Serbes et deux tiers de contrées arides pour les paysans albanais (de souche ou ex-slaves déracinés. Seule inconnue dans cette négociation à couteaux tirés : l'Albanie a connu il y a trois ans une insurrection sauvage qui a failli parasiter la transition du capitalisme d'Etat en ultra-libéralisme tout court. A cette occasion, les secousses de cet inopiné mouvement social ont trop explicitement mis en lumière la mue des ! crypto-bureaucrates en self-made tyrans du Marché mondial. D'où un début de panique chez les consultants de l'OTAN qui ont alors discrètement maté les émeutes en usant du leurre militaro-humanitaire (parachutage de tonnes de parmesan (sic) et envoie de troupes au sol. De ce côté-là, c¹est réglé, plus rien à craindre d'une ébullition révolu-tionnaire d'un troisième type. D'autant que la guérilla ultra-nationaliste de l¹UCK s'est chargée depuis de discipliner et de normaliser l'envie d'autodétermination des paysans rebelles à mille lieux à la ronde. En résumé, ce n'est plus qu'une question de mise en forme stratégique, comme le dirait un adepte de la PAO. Quand on redessine une frontière, ça bave toujours un peu sur les bords. Et puis, il faut tricher sur les taches de couleur : des combattants, soit en rouge soit en brun, et, en tramé gris, des centaines de milliers de réfugiés qu'on déplace sur la carte au gré de la souris de l'infographiste. A moins qu¹une fausse manoeuvre ne vienne boguer le logiciel et renvoyer dans la nuit noire de l¹écran toute la cartographie alentour... A l'heure qu'il est, chacun peut déjà se faire une idée claire de cet imminent dépeçage fratricide. On avancera même l'hypothèse suivante : les pays de l'Alliance et les inféodés de la Yougo-Serbie ont, dans ce cut-up programmé, des intérêts distincts, mais convergents. La partie rentable du Kosovo, bientôt bunkerisée par ses milices, reviendra à Milosévic, tandis que les civils du coin n'auront plus qu'à se réfugier dans le no profit's land qui reste. Un Bantoustan de plus sur terre n'a rien pour effrayer les Etats-Unis qui pratiquent déjà l'apartheid socialo-racial sur leur propre sol. La guerre aurait-elle pu être évitée ? Sûrement. Comme elle l'a été, il y a quelques années, en Tchécoslovaquie. Qu'on s'en rappelle, là-bas, la partition entre zone industrielle lucrative et zone agricole insolvable s'est déroulée sans heurts spectaculaires. Elle s¹est passée sous silence, comme un écartèlement à huis clos. Elle a même été librement consentie de part et d'autres, non sans profit d'un côté, non sans extrême misère de l'autre. Qui s¹en est alors plaint ? Personne, sinon les milliers d¹amoureux mi-Tchèques mi-Slovaques, divorcés malgré eux. Le sacre de l¹Euro consacre ainsi la défaite d¹un idéal datant du XIXe siècle : les Etats Unis d¹Europe. A chaque mutation de l¹économie, ça balance toujours entre deux poids et deux mesures : fédéralisme banquaire pour les riches; émiettement ethnique pour les pauvres Monnaie unique en-deça du Marché commun; de singes au-delà. Les grands événements en disent aussi très long sur leurs spectateurs tétanisés. Sur nous donc, habitants d¹une Europe en paix avec elle-même. Or, depuis une décennie, les vieux Etats Nations connaissent une crise d¹identité sans précédent. La fragile Italie en premier lieu, prochain pays sur la liste des partitions, la Belgique ensuite. La France aussi, minée par ses ségrégations urbanistique. Simple transition, diront les amateurs de litote. Gageons plutôt que la fiction géographique qui nous a fait Français, bon an mal an, est en voie d'implosion. Comme si, à force de conjurer les périls d¹une explosion sociale, tout néo-corporatisme ethnique ou religieux passait désormais pour un moindre mal. Comme si, à la loi du sol qui nous a laissés vivre ensemble (par hasard et nécessité) devait se substituer aujourd¹hui les normes du faciès et des pigmentations de la peau. Qui a voulu ce retour de l'inconscient racialiste ? Les promoteurs d¹un nouveau code de la nationalité fondé sur la loi du sang, certes, mais pas seulement eux. Baptisons "innommable" cette logique mortifère qui nous mène à grand pas vers des guerres tribales, puisqu'à trop chercher à incarner ce Pouvoir dans tel ou tel groupe de personnes, on en devient délateur soi-même. Pour preuve, ceux qui ont voué aux gémonies les 200 familles du grand Capital, le 200 marionnettistes du pseudo-lobby judéo-maçonnique ou, plus récemment, les 200 bureaucrates du FMI, ont en commun d'être d'odieux manipulateurs à courte vue. Ces derniers temps - si peu modernes - devraient pourtant nous aider à tirer certaines leçons et à liquider, si possible, la phraséologie paranoïaque qui a servi d'étendard à tant des révolutions ubuesques. Disons-le tout net : nul individu ne dirige d'une main invisible la politique du pire qui, d'un décalage horaire à l'autre, met la terre entière en coupe réglée. Non, il n¹y a pas de pilote dans l¹avion. Il n¹y a que notre chute libre. Et c'est une mauvaise pente sur laquelle nous avons pris l'habitude de glisser, une planch! e que tous (faute de mieux ?) nous savonnons nous-mêmes. C'est un penchant nihiliste - habité par la lassitude, le cynisme et tant de petits profits risibles - qui nous dépeuple de l'intérieur, qui nous désolidarise petit à petit, qui nous cloisonne étage par étage dans nos deux ou trois-pièces-cuisine. Et, pire du pire, qui nous désincarne de part en part, les uns dans d'illusoires généalogies identitaires, les autres dans des solitudes consuméristes. Pourtant, nous sommes encore des millions à nous compter parmi les unhappy few. Et ce qui se dérobe sous nos pieds, ce n'est plus seulement des paysages agricoles surexploités, des habitats péri-urbains sans corps ni âme et l'horrible Glasnost vitrifiée des centres commerciaux où errent des hordes de sauvageons et autres précaires sous-payés, non, ce qui s'abolit aussi à mesure que nos existences perdent pieds, c'est notre notre rapport à une langue maternelle, plus vivante que jamais dans nos vies quotidiennes (banlieues comprises, ça va de soi), mais une langue tombée sous l¹emprise d¹un embrigadement lexical que la mobilisation belliqueuse des cortex ne peut que renforcer. Entendez : notre matrice langagière ne nourrit plus que la cohorte des soldats de plomb de la propagande typographique. Où ça ? Dans le sillon sanglant des bombardements quotidiens, c'est chaque mot qui devient radio-mercenaire. C'est le jargon gendarmesque des casernes qui relève la tête dans les petites lucarnes cathodiques. C'est le consultant-illettriste en chef qui vide notre vocabulaire de ses contradictions, de ses doutes, de ses ambiguïtés fondatrices. C'est le langue assassine des adjudants -relayée par des mieux gradés du journalisme - qui tente de prendre en otage la seule arme qui nous reste pour lire, écrire et parler- oui nous avons bien dit nous : anonymes parmi les populations encore civiles. C'est la purification médiatique aux portes de nos consciences. Qu'y faire ? Ici-bas, causer autrement entre vous et nous. Au-delà, activer plus que jamais nos méninges. Scribouiller dans une vigilance automatique ce qu'on ressent en direct. Tentons la chose. Jamais certains titres de livres qui nous sont chers n'auront mieux résumé les désarrois qui, faute de nous rameuter, nous subdivisent chacun chez soi. Ces fantômes littéraires flottent au-dessus de nos têtes comme les derniers nuages qui pourraient empêcher les armadas furtives (ou pas) de bombarder les "indigènes" du Kosovo ou d'ailleurs. Citons-les en vrac : notre métier de vivre conduit à cette mort à crédit qui viendra et qui aura soit les yeux d'un milicien serbe, soit les lunettes à infrarouge d'un G.I, si c¹est un homme ? Inutile, sans doute, d'aligner plus avant ces cadavres exquis ? Quoique si, encore un peu : les captifs amoureux de la patrie sont des mal-traités du style et le déshonneur des poètes s'incarne en qui épure, épure, eppure si muove... Revenons à nos moutons, ou plutôt, au prétexte moutonnier des massacres actuels : une prétendue grégarité génétique censée expliquer sinon excuser bien des crimes. Grégarité trop humaine sur laquelle compte la plupart de nos démocrates officiels pour se dédouaner d¹anciennes tricheries, absences et autres bassesses. De quelle tache de sang conceptuelle voulons-nous parler ? De celle-ci : quant un Intellectuel avec un grand I majuscule se mue en va-t-en -guerre alors qu'il est déjà revenu-de-tout. Ces imposteurs à gros tirage éditorial, nous les méprisons d'abord parce qu'ils ne pensent pas par eux-mêmes, parce qu'ils ne réfléchissent pas le point de vue d'autrui, parce qu'ils ne cherchent jamais à s'informer par d'autres canaux que les circuits-fermés étatiques. Bref, parce qu'il cogitent moins que le premier autodidacte venu se posant des questions à voix haute au bistrot... A cet égard, il y a comme un vertige à voir des professionnels du free-speach nous abêtir en public a! u nom de leur fiction ethico-narcissique - le Moi occidental pendu au bout du fil ombilical qui l'a vu naître - alors que le moindre comptoir de café semble plus habité par les restes d'un esprit critique. Comme dirait le vieux Karl, à l'image du monde entier, l'intelligentsia institutionnelle paraît plus que jamais marcher cul par dessus tête ? Restons-en là. Maintenant que l'abcès polémique est vidé et certaines baudruches crevées, remettons les cartes sur la table. La carte des Balkans, toujours. On y distinguera deux points de fuite. Premièrement, ceux qui voudraient ignorer le sort des sans papiers ici et s'apitoyer à distance sur le destin tragique des réfugiés ailleurs, sont de fieffés bluffeurs. A force de trier (ou d'expulser) le bon grain télé-humanitaire de l'ivraie clandestine et criminelle-née, ils finissent par endosser le costume national-populiste des clones de Milosévic. Rappelons, pour mémoire, que la main-d'oeuvre mondiale, rendue mobile par nécessité économique, souffre autant de la guerre larvée que la police française mène dans nos aéroports que des exactions miliciennes aux confins de ces frontières exotiques. D'autant que ce sont souvent les mêmes qui, une fois chassés de chez eux, servent ici de gibier. Si l¹on osait encore user d¹un slogan lapidaire, on scanderait la chose syllabe par syllabe : de Paris au Kosovo, mêmes sans papiers mêmes bourreaux. A l'évidence, la gestion universalisée des ressources humaines est à ce (bas) prix. Convenons que dans les Balkans, cette délocalisation! fait du boucan. Mais qui cesse de faire le lien entre les embaumeurs de Belgrade et les embaucheurs d'Occident, se ligote lui-même. Et il n'y a rien de pire qu'un esprit critique désarmé. Deuxièmement, il faut avouer d'emblée notre ignorance. Nous ne savons pas tout, si peu même. Et cette ignorance-là devient chaque jour plus criminelle. Entre autres méconnaissances, ceci : quelles drogues ont été de longue date cultivées ou usinées en ces lieux avant qu'ils ne servent de champs de bataille ? Question oiseuse ? D'expérience, nous avons appris à deviner derrière chaque conflit (du Liban au Panama en passant par l'Afghanistan) les traces d'une filière parallèle d'économie des stupéfiants. Héroïne ou opium des peuples conviés au massacre, cela dépend... Qu'en est-il, en l¹occurrence ? Combien de journalistes honnêtes accepteront d'apporter à cette interrogation un début de réponse ? De même, nous ignorons si le région ciblée comporte des conduits pétrolifères, des gazoducs, sans parler d'autres pipe-lines qui blanchiraient, le cas échéant, l'argent sale des maffias liées à l¹ancien bloc de l¹Est. Y'a-t-il un rapport quelconque entre ces hypothétiques intérêts fin! anciers et les bombardements en cours ? S'il était possible qu'on nous éclaire sur ce point... Enfin, qui pourrait nous renseigner sur l'historique récent du commerce des armes dans cette partie du monde. Va-t-on bientôt vers une liquidation des stocks ? Quels fournisseurs se proposent de les renouveler à moyen terme ? Et en guise de question subsidiaire : les instructeurs de l¹UCK et de l¹armée Serbe sortent-ils ou non des mêmes écoles militaires ? Ces quelques requêtes ne portent nullement ombrage aux populations civiles en exode (ou asile) forcés. Au contraire, il nous semble qu'exhumer aujourd'hui les raisons profondes de cette guerre ne ferait qu'honorer la mémoire de toutes ses victimes ensevelies et bientôt oubliées six pieds sous terre. La libre circulation de toutes et tous sur la planète entière; nous n'avons que cette devise à l'esprit. Bien sûr, ce voeu ne saurait endiguer le flux et le reflux des morts et d'autres ³ biens ² de consommation censés apaiser nos mal d'être. Cette exigence d¹une libre-circulation universelle de tout un chacun demeure pourtant le minimum vital, l'article premier de chaque constitution, le préalable à toutes négociations, le seul principe sur lequel fonder en actes notre liberté commune, ambulatoire en tous lieux. Quant à l'égalité et à la fraternité, c'est une autre Histoire qui, espérons-le, ne fait que commencer. Pour en finir avec cet article, une seule modeste proposition plus que jamais à l'ordre du jour : dans les mois qui viennent, qu¹un grand nombre de volontaires prête asile, légalement ou non, à tous les déserteurs des forces armées de l'OTAN, des milices nationales-socialistes de Belgrade ou de l¹UCK. Quant aux populations civiles, inutile d¹épiloguer, nous en sommes. yves pagès Les textes diffusés par cette liste n'engagent que leurs auteurs. =-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-= Agir ensemble contre le Chomage ! mailto:ac-forum-request at ras.eu.org ________________________________________________________________________